La Grande Mosquée de Paris et son histoire marocaine

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 38 lectures
La Grande Mosquée de Paris et son histoire marocaine

La Grande Mosquée de Paris, symbole de l’islam en France, est sur le point de célébrer son centenaire. Cependant, son histoire est marquée par un silence étrange concernant ses origines. L’édifice, géré par l’Algérie depuis la fin des années 1950, cache une profonde amnésie institutionnelle et une occultation historiographique.

La construction de la mosquée est le résultat d’une démarche coloniale de la France, qui se présentait comme une « puissance musulmane ». Le projet a été accéléré par le traumatisme de la Grande Guerre, au cours de laquelle 280 000 soldats musulmans ont été mobilisés, dont 35 000 sont morts au front. Les faits d’armes des contingents marocains ont convaincu le maréchal Hubert Lyautey de plaider la cause du projet auprès de la métropole.

Les origines marocaines

La genèse, le financement et la grammaire architecturale de la mosquée portent l’empreinte spirituelle et matérielle du Maroc et du Makhzen chérifien. La Société des Habous et des Lieux Saints, créée en 1917 au Palais royal de Rabat, a reçu une subvention de 500 000 francs de l’État français pour financer le projet. Les maîtres artisans marocains, dépêchés de Fès et de Meknès, ont façonné bénévolement la matière pour construire la mosquée.

La dimension la plus profonde de cet apport réside dans les mains des centaines de maîtres artisans qui ont travaillé sur le site pendant plus de trois ans. Ils ont acheminé des centaines de caisses de céramiques pour composer les zelliges, sculpté le stuc, ciselé le bois de cèdre et gravé dans la pierre les poèmes épigraphiques du Cheikh Ahmed bel Ayachi Skirej.

Le virage algérien

Comment ce projet profondément ancré dans la légitimité marocaine a-t-il glissé vers une tutelle algérienne exclusive ? Les archives de la préfecture de Nantes et du Quai d’Orsay éclairent les reconfigurations juridiques de ce virage postcolonial. Dans les années 1950, les autorités françaises ont favorisé la mise à l’écart de la diplomatie chérifienne au profit d’élites algériennes.

Aujourd’hui, la Grande Mosquée de Paris, sous la direction du recteur Chems-eddine Hafiz, continue d’occuper une place centrale dans la gestion du culte. Cependant, elle reste suspendue à une posture d’équilibriste, oscillant entre les exigences républicaines et sa dépendance organique envers Alger.

La célébration du centenaire de la Grande Mosquée de Paris marque une reconnaissance institutionnelle forte, célébrant un puissant symbole qui incarne l’enracinement des musulmans en France. Cependant, cette symbolique institutionnelle renforce la nécessité de restituer la vérité historique et de reconnecter les musulmans de France avec l’héritage de Moulay Youssef et des maalems chérifiens.

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