Face à l'ampleur de la production mondiale de crevettes, estimée à 440 milliards d'individus abattus annuellement, l'organisation International Council for Animal Welfare (ICAW) appelle les enseignes de la grande distribution française à réformer leurs pratiques d'approvisionnement. Le débat porte sur deux enjeux majeurs : l'épédonculation des femelles reproductrices et les méthodes d'abattage industriel, jugées cruelles par les défenseurs du bien-être animal.
Des pratiques d'élevage contestées
L'ONG pointe du doigt deux techniques courantes dans l'industrie. L'épédonculation consiste à sectionner les pédoncules oculaires des femelles reproductrices, souvent à vif et sans anesthésie, pour stimuler leur cycle ovarien. Parallèlement, l'abattage par immersion dans de la glace pilée est dénoncé pour son inefficacité : le processus entraîne fréquemment une agonie prolongée ou une mort par suffocation. L'ICAW préconise désormais le recours systématique à l'étourdissement électrique pour garantir une mise à mort plus rapide et moins douloureuse.
Engagements disparates des enseignes
La réponse des distributeurs français est contrastée. Quatre enseignes (Les Mousquetaires/Intermarché, Coopérative U, Auchan et Aldi) se sont engagées à interdire l'épédonculation et à adopter l'étourdissement électrique d'ici 2030 ou 2035. D'autres, comme Carrefour, Casino, Lidl et Biocoop, ont déjà banni ou planifié l'élimination de l'épédonculation, tout en affichant des niveaux de progression variables concernant l'étourdissement. À l'inverse, le leader du secteur, E.Leclerc, n'a formulé aucun engagement public sur ces thématiques à ce jour.
Défis techniques et logistiques
Les distributeurs spécialisés, tels que Grand Frais et Picard, mettent en avant des avancées déjà réalisées sur l'arrêt de l'épédonculation. Toutefois, la transition vers l'étourdissement électrique soulève des questions de faisabilité industrielle. Les entreprises soulignent la nécessité d'investissements importants et de transformations techniques au sein de la chaîne d'approvisionnement, qui dépend majoritairement d'importations en provenance d'Asie et d'Amérique latine. La capacité de la grande distribution à imposer ces standards à ses fournisseurs internationaux reste un point de vigilance majeur pour les organisations de défense animale.