La gestion des institutions camerounaises souffre d'une déconnexion persistante entre les exigences techniques des postes à responsabilité et les profils nommés. Cette critique, portée par l'universitaire et experte en management Viviane Ondoua Biwolé, souligne l'urgence d'une professionnalisation accrue pour garantir l'efficacité de l'action publique et économique.
L'impératif de la spécialisation technique
Pour la Pr Viviane Ondoua Biwolé, le management doit être appréhendé comme une science rigoureuse. Elle dénonce la pratique récurrente consistant à confier des directions stratégiques, telles que les ressources humaines ou la gestion de systèmes d'information, à des profils académiques dont la formation initiale est sans rapport avec les fonctions exercées. Selon l'experte, nommer un historien à la tête d'une direction des ressources humaines ou un géographe à la gestion de cellules informatiques constitue une aberration structurelle qui entrave la performance des organisations.
Le poids des nominations politiques sur l'économie
L'analyse de la fondatrice du cabinet Obiv Solutions met en lumière une corrélation directe entre les difficultés économiques du pays et les méthodes de gouvernance. Elle soutient que les problèmes de développement ont des racines politiques profondes, marquées par un manque d'arrimage entre les ambitions affichées par l'État et la réalité des nominations. Cette inadéquation entre le profil du candidat et les compétences requises pour le poste fragilise, selon elle, la mise en œuvre des projets complexes et la gestion des ressources nationales.
Vers une réforme de la gestion des ressources humaines
Le constat dressé par l'universitaire pointe une défaillance systémique : même lorsque des cadres sont formés, leur affectation ne suit pas toujours une logique de compétence. Cette situation, qualifiée de frein à la productivité, nécessite une remise en question des critères de sélection au sein de l'administration. L'enjeu est de taille pour le Cameroun : sans une corrélation stricte entre les besoins techniques des institutions et les qualifications des responsables, les politiques publiques risquent de stagner, reproduisant les mêmes blocages structurels sur le long terme.