L'audition de Yaya Abdoul Kane, ancien directeur général de la SOGEPA, devant une commission d'enquête parlementaire met en lumière les pratiques complexes entourant l'attribution de biens immobiliers publics. Cette affaire, qui cristallise les interrogations sur la transparence de la gestion foncière, souligne les tensions entre les procédures administratives et les décisions prises au sommet de l'État.
Les zones d'ombre de l'attribution au Point E
Au centre des débats figure l'attribution d'une villa située au Point E à l'ancien procureur de Dakar, Serigne Bassirou Guèye. Si Yaya Abdoul Kane a initialement évoqué deux villas avant de rectifier ses propos pour n'en mentionner qu'une seule, le dossier soulève des questions sur la régularité des baux emphytéotiques de 99 ans. L'ancien responsable de la SOGEPA soutient que l'intervention de l'ex-président Macky Sall s'inscrivait dans le cadre normal des procédures d'approbation, s'appuyant sur un décret de 2013 autorisant la société à gérer ces attributions.
Un inventaire du patrimoine public sous tension
Cette controverse s'inscrit dans un contexte plus large de défaillance dans la gestion du patrimoine immobilier de l'État. Un inventaire récent a révélé un écart majeur entre les données officielles, qui ne recensaient que 192 bâtiments, et la réalité du terrain, où près de 2 200 biens ont été identifiés. Cette opacité historique a pesé lourdement sur les finances publiques, avec un passif accumulé de 35 milliards de FCFA d'arriérés de loyers envers des bailleurs privés avant 2019.
Enjeux de transparence et contreparties financières
L'examen parlementaire dépasse le cas individuel du magistrat pour interroger la viabilité des baux emphytéotiques conclus sur des sites stratégiques comme la Cité Fayçal, Mermoz ou Fann. La critique porte principalement sur l'absence de contreparties financières réelles pour le Trésor public dans ces contrats de longue durée. Alors que Yaya Abdoul Kane plaide pour la légalité de ces opérations en invoquant des pratiques courantes pour les hauts fonctionnaires, l'enjeu pour la commission reste de déterminer si ces attributions ont respecté les intérêts de l'État et les règles de bonne gouvernance.