Koudougou étouffe sous ses eaux sales

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 46 lectures
Koudougou étouffe sous ses eaux sales

Des fosses qui crachent la puanteur, des égouts qui déversent leur venin. Chaque jour, les cités universitaires de Koudougou, au Burkina Faso, deviennent un dépotoir à ciel ouvert. 75 000 litres d’eaux usées s’accumulent sans traitement, transformant les dortoirs en repaire de moustiques et de maladies. Pourquoi une ville aussi dynamique laisse-t-elle ses étudiants respirer un air empoisonné ?


Un système à bout de souffle

Les quatre cités universitaires – Fasotex, Ouédraogo, Sylvestre et Zoundi – regorgent de 31 fosses septiques, mais leur capacité est dépassée. 1 011 étudiants y vivent, chacun rejetant 75 litres d’eaux usées par jour (selon l’ONU Habitat). Résultat :

  • Des tuyaux bouchés qui éclatent sous la pression.
  • Des fosses qui débordet, libérant des odeurs nauséabondes.
  • Des eaux stagnantes qui nourrissent cafards et moustiques, vecteurs de paludisme et de choléra.

« Les vidangeurs interviennent trop tard », confie un gestionnaire anonyme. Quand les fosses sont pleines, l’eau s’échappe dans les cours ou les rues. Pire : ces eaux, une fois vidangées, finissent dans des champs ou des dépotoirs non contrôlés, contaminant sols et nappes phréatiques.


Un cercle vicieux qui empoisonne tout

La négligence a des conséquences humaines et environnementales :

  • Santé publique : Les étudiants souffrent de diarrhées, dermatites et infections respiratoires liées aux odeurs.
  • Pollution : Les eaux usées non traitées tuent les cultures des maraîchers voisins et empoisonnent l’eau potable des riverains.
  • Insalubrité : Les restaurants universitaires, eux aussi saturés, rejettent leurs déchets sans filtre, aggravant la crise.

« On voit des enfants jouer près de fosses ouvertes », signale un étudiant. Un scénario qui rappelle les pires images de l’assainissement en Afrique subsaharienne.


Des solutions existent… mais manquent de volontarisme

Les experts ne cachent pas les pistes : ✅ Un centre de traitement pour épurer les eaux avant rejet. ✅ Des fosses septiques renforcées et un plan de maintenance rigoureux. ✅ Une sensibilisation des étudiants et du personnel sur les gestes d’hygiène.

Pourquoi ces mesures tardent-elles ?

  • Budget insuffisant : La mairie de Koudougou, déjà submergée, peine à investir.
  • Manque de coordination : Les prestataires de vidange agissent sans régulation.
  • Priorités décalées : Dans un pays où 80 % de la population n’a pas accès à un assainissement de base (Banque mondiale), Koudougou semble oublié.

Koudougou peut-elle devenir un exemple ?

La question n’est plus technique, mais politique. Faut-il attendre une crise sanitaire pour agir ? Certaines universités burkinabè, comme celle de Ouagadougou, ont mis en place des stations de traitement. Pourquoi Koudougou, ville dynamique et étudiante, ne pourrait-elle pas suivre ?

« Un cadre de vie décent est un droit, pas un luxe », rappelle le rapport de l’ONU Habitat. Alors, Koudougou : quand la puanteur deviendra-t-elle une urgence ?


À lire aussi

  • L’assainissement en Afrique : un défi de survie (ONU Habitat, 2023)
  • Les cités universitaires du Sahel : entre insalubrité et santé publique (RE-LECTURE D’AFRIQUE, 2025)

Sources : Étude RE-LECTURE D’AFRIQUE (NANA Rihanata et al.), Commune de Koudougou (2018), ONU-Habitat.

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