La gestation pour autrui (GPA) s'impose progressivement comme une réponse médicale et sociale à l'infertilité croissante en Afrique, particulièrement au Kenya. Si cette pratique offre une solution aux familles et un soutien financier aux mères porteuses, l'absence de législation spécifique expose les acteurs à des risques juridiques et éthiques majeurs.
Un secteur en pleine expansion à Nairobi
Le recours aux technologies de reproduction assistée, dont la fécondation in vitro (FIV), connaît un essor notable au Kenya, où l'on estime que la fertilité a chuté de 37 %. La ville de Nairobi compte désormais 15 centres spécialisés. Pour de nombreuses femmes, devenir mère porteuse représente une opportunité de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, grâce à des compensations financières versées par les parents d'intention. Ces accords, bien que strictement encadrés par des contrats privés, permettent de couvrir les frais de subsistance et les besoins quotidiens durant la grossesse.
Les risques liés au vide juridique
L'absence de cadre législatif national au Kenya, tout comme en Ouganda ou en Tanzanie, fragilise l'ensemble du processus. Les contrats signés entre les parties manquent souvent de force exécutoire, laissant les mères porteuses vulnérables face à des intermédiaires peu scrupuleux. Ces derniers prélèvent fréquemment une part importante des sommes versées, tandis que des litiges éclatent régulièrement sur le montant final de la rémunération ou sur la garde de l'enfant après l'accouchement. Les experts juridiques soulignent que, sans loi, les mères porteuses et les parents d'intention naviguent dans une zone grise où les droits de chacun sont difficilement garantis.
Vers une nouvelle régulation nationale
Actuellement, les parents d'intention au Kenya doivent obligatoirement passer par une procédure d'adoption pour obtenir la reconnaissance légale de leur enfant, l'état civil enregistrant initialement la mère porteuse comme la mère légale. Une nouvelle législation est en cours d'élaboration pour simplifier cette reconnaissance dès la naissance. Toutefois, ce projet suscite des débats : si certains y voient une nécessité pour sécuriser les familles, d'autres, comme des avocats spécialisés, craignent que l'assouplissement des règles ne favorise des dérives, telles que le trafic d'enfants, en l'absence de garde-fous stricts.
Des critères médicaux rigoureux
Malgré les incertitudes juridiques, le processus médical demeure encadré par les centres de fertilité. Les candidates à la gestation pour autrui doivent répondre à des critères stricts, incluant une limite d'âge (entre 25 et 45 ans) et des examens médicaux approfondis. Ces évaluations visent à garantir la santé de la mère porteuse et le bon déroulement de la grossesse, illustrant la complexité d'une pratique qui, pour se pérenniser, nécessite un équilibre délicat entre avancée scientifique et protection des libertés publiques.