La Gendarmerie nationale se dirige vers une impasse opérationnelle majeure à l'horizon 2028. Un récent avis budgétaire de l'Assemblée nationale souligne l'incapacité de l'institution à renouveler ses flottes terrestre et aérienne, faute de financements pérennes et face à des surcoûts imprévus.
Un parc automobile en déshérence
Avec un parc de 33 600 véhicules légers, la Gendarmerie devrait théoriquement en remplacer environ 3 750 chaque année pour maintenir une flotte opérationnelle. Or, la réalité est bien différente : après une année 2025 exceptionnelle, les achats se sont effondrés à seulement 29 unités en 2026. Le projet de budget pour 2027 prévoit une nouvelle année blanche, aggravant un déficit de renouvellement qui atteint déjà 8 650 véhicules. Aujourd'hui, plus de 8 500 unités ont dépassé les seuils de réforme fixés à huit ans ou 200 000 kilomètres, augmentant mécaniquement les risques de pannes et les coûts d'entretien.
La pression des dépenses imprévues
La dégradation de la situation est accentuée par une gestion budgétaire sous tension. L'institution doit absorber des surcoûts liés à des événements exceptionnels, tels que la sécurisation du G7 ou la lutte contre les feux de forêt, sans bénéficier de rallonges budgétaires. Cette ponction sur les ressources d'investissement, couplée à la hausse des prix du carburant, empêche la modernisation nécessaire du parc. La rapporteure de la commission de la Défense redoute que cette impasse ne se transforme en crise majeure en 2028, lorsque le matériel atteindra un seuil critique d'obsolescence.
Le défi du renouvellement aérien
Dans les airs, la situation est tout aussi préoccupante. La flotte compte encore 26 hélicoptères Écureuil, âgés en moyenne de 40 ans, dont la disponibilité opérationnelle est tombée sous la barre des 44 %. Si la transition vers des modèles plus récents comme le H160 ou le H145 D3 est entamée, elle souffre de retards de livraison et d'un dimensionnement insuffisant. Le remplacement des Écureuil par les nouvelles commandes ne sera pas immédiat : le rapport souligne une période de transition de deux à trois ans durant laquelle la Gendarmerie devra opérer avec une flotte réduite de six à sept appareils, une situation qui pourrait peser sur la capacité d'intervention des forces de l'ordre.