Le gouvernement français envisage des économies de 4,2 milliards d’euros sur les politiques familiales, un choix qui menace directement le pouvoir d’achat des classes moyennes et la natalité déjà en berne. Les associations familiales dénoncent des mesures ciblant les familles nombreuses et les ménages modestes, alors que la branche Famille de la Sécurité sociale affiche un excédent record. Une logique de redistribution verticale qui interroge sur l’avenir du modèle social français.
Des économies massives sur le dos des familles
Les inspections générales des finances (IGF) et des affaires sociales (Igas) proposent de réaliser 4,2 milliards d’économies sur les politiques familiales, dont 2,5 milliards à court terme. Parmi les mesures phares : le remplacement de la majoration de retraite de 10 % pour les parents de trois enfants ou plus par un forfait de 125 euros, une économie de 1,1 milliard. Les associations familiales y voient une « pénalisation lourde » des familles nombreuses, souvent issues de la classe moyenne, qui ont sacrifié carrière et pouvoir d’achat pour élever leurs enfants.
Autres cibles : la suppression de la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans le secondaire et le supérieur, touchant 2,4 millions de ménages, et la prise en compte des revenus des parents dans le calcul des APL des étudiants rattachés au foyer fiscal. Cette dernière mesure priverait 310 000 foyers de leurs aides, dont 200 000 en totalité. Enfin, une réduction de 20 % des seuils d’accès aux deuxième et troisième tranches des allocations familiales affecterait 591 000 ménages, avec une perte mensuelle moyenne de 75 euros.
Une remise en cause de l’universalité des aides
Les associations dénoncent une philosophie de « redistribution verticale », des plus aisés vers les plus modestes, au détriment de la « redistribution horizontale » qui compense le coût des enfants pour toutes les familles. « Réduire les politiques familiales à un filet de sécurité pour les plus pauvres, c’est transformer une politique universelle en politique caritative », argue Familles de France. Pour Mireille Lachaud, responsable du pôle politique familiale, « élever un enfant est un investissement collectif pour les retraites de demain et la vitalité du pays, quel que soit le niveau de vie des parents ».
Un modèle social en danger ?
Les organisations familiales alertent sur les conséquences démographiques de ces mesures. « Moins d’enfants aujourd’hui, c’est moins de pensions de retraite et de remboursements de santé demain », rappelle Marie-Laure Gagey des Brosses, des Associations familiales catholiques (AFC). Alors que le gouvernement finalise les projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale, les AFC espèrent que « les arbitrages tiendront compte de la nécessité de soutenir les familles dans un contexte de natalité en chute libre ».
Avec un recul de 24 % des naissances depuis 2010 et un excédent de 1,2 milliard d’euros pour la branche Famille de la Sécurité sociale en 2025, ces économies interrogent : faut-il sacrifier l’équilibre des familles pour des objectifs budgétaires à court terme ?