Le gouvernement français s’apprête à présenter en Conseil des ministres, le 9 septembre 2026, un projet de loi transposant la directive européenne sur la transparence salariale, trois mois après l’échéance initiale fixée au 7 juin. Une avancée saluée par les syndicats, mais qui soulève des questions sur son ambition réelle face aux résistances patronales.
Un texte attendu depuis trois ans, mais en retard
La directive européenne, adoptée en 2023, impose aux États membres de garantir la transparence des rémunérations pour lutter contre les écarts de salaire entre hommes et femmes à travail égal. La France, comme plusieurs pays européens, n’a pas respecté le délai initial, invoquant des divergences entre syndicats et patronat ainsi qu’un calendrier parlementaire chargé. Le gouvernement espérait initialement faire adopter la loi avant l’élection présidentielle, un objectif désormais compromis.
Des obligations concrètes pour les entreprises
Le projet de loi prévoit que les entreprises doivent indiquer une fourchette de salaires dans leurs offres d’emploi et permettre aux salariés d’accéder aux niveaux de rémunération de leurs collègues occupant un poste de « valeur égale », ventilés par sexe. Ces mesures visent à rendre visibles les inégalités et à faciliter les recours en cas de discrimination avérée. Pourtant, des syndicats comme la CGT pointent des failles : seuils de calcul trop élevés, possibilité pour les employeurs d’échapper aux discussions syndicales, et renvoi de nombreux détails à des décrets d’application.
Syndicats divisés, mais unanimes sur l’urgence
La CFDT, principale force syndicale à s’être exprimée, salue l’avancée que représente cette annonce, évitant selon elle « le risque qu’il n’y ait pas de transposition avant l’élection présidentielle ». Catherine Nave-Bekhti, secrétaire nationale de l’organisation, insiste sur la nécessité d’une transposition « de haut niveau », soulignant que « notre pays est encore très loin du compte en termes d’égalité salariale entre les femmes et les hommes ». À l’inverse, la CGT, bien que favorable au calendrier, critique le manque d’ambition du texte, jugé trop conciliant avec les employeurs.
Un enjeu de société qui dépasse le cadre législatif
Au-delà des débats techniques, cette loi cristallise les tensions autour de l’égalité professionnelle en France. Si son adoption pourrait marquer un tournant symbolique, son efficacité dépendra de sa mise en œuvre concrète et de la capacité des salariés à faire valoir leurs droits. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si ce texte répondra aux attentes des millions de femmes concernées par les inégalités salariales persistantes.