La France a officiellement sollicité le retrait de l'oligarque russe Alicher Ousmanov de la liste des personnalités visées par les sanctions de l'Union européenne. Cette manœuvre diplomatique, qui a contraint les Vingt-Sept à reporter le renouvellement de leur régime de sanctions contre Moscou, viserait à obtenir la libération de citoyens français actuellement incarcérés en Azerbaïdjan.
Une stratégie diplomatique sous tension
Alors que l'Union européenne s'apprêtait à reconduire ses mesures restrictives contre près de 3 000 entités et individus russes, la position française a provoqué un vif étonnement au sein des chancelleries européennes. Paris justifie cette demande par des impératifs de « sécurité nationale », sans toutefois détailler les contours de l'opération. Selon plusieurs sources diplomatiques, l'objectif est de tirer profit de l'influence d'Alicher Ousmanov auprès des autorités azerbaïdjanaises pour négocier le retour de ressortissants français, dont certains ont été condamnés pour des motifs d'espionnage ou de corruption.
Le poids d'un oligarque influent
Alicher Ousmanov, figure centrale de l'économie russe, a bâti sa fortune dans la métallurgie via le conglomérat Metalloinvest, avant d'étendre ses activités aux télécoms et à l'énergie. Propriétaire du journal économique Kommersant, il a également marqué le monde du sport en investissant dans le football anglais et en présidant la Fédération internationale d'escrime. Malgré ses tentatives judiciaires pour contester son statut d'oligarque pro-Kremlin, la justice européenne a confirmé en 2024 le maintien des sanctions à son encontre, gelant ses actifs à travers l'Europe.
Des liens étroits avec Bakou
La capacité d'Ousmanov à peser sur les décisions de Bakou repose sur des réseaux d'influence bien établis. L'homme d'affaires est un invité régulier du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, notamment lors de séjours en Sardaigne. Cette proximité, couplée aux liens culturels et politiques entre l'Azerbaïdjan et l'Ouzbékistan — pays dont Ousmanov est citoyen d'honneur — place le milliardaire au cœur d'un jeu d'influence complexe. Pour Paris, le défi est de taille : obtenir la libération de Martin Ryan, condamné à dix ans de prison, et d'Anass Derraz, tout en gérant les vives tensions diplomatiques qui opposent la France à l'Azerbaïdjan depuis plusieurs mois.
Un précédent diplomatique délicat
Cette demande d'exemption fragilise l'unité européenne face à la Russie, alors que Kiev a déjà dénoncé ce qu'elle considère comme un « cadeau » accordé à un proche du Kremlin. En privilégiant une négociation bilatérale informelle via un oligarque sanctionné, la France s'expose à des critiques sur la cohérence de sa politique étrangère, tout en illustrant la difficulté de protéger ses citoyens dans un contexte de relations internationales dégradées avec le Caucase.