Pour réduire sa dépendance vis-à-vis du quasi-monopole chinois, la France s'engage dans une stratégie de sécurisation de ses approvisionnements en terres rares. L'entreprise française Carester a conclu un accord décennal avec le groupe australien Lindian Resources pour capter 70 % de la production issue du gisement de Kangankunde, au Malawi, marquant une étape clé dans la relance de la filière occidentale.
Un levier stratégique face à la domination chinoise
Les terres rares, composées de 17 éléments chimiques, sont devenues le nerf de la guerre technologique et énergétique. Alors que la Chine contrôle actuellement entre 60 et 70 % de la production minière mondiale et plus de 90 % du raffinage, les tensions sur les exportations observées début 2026 ont accéléré la volonté des puissances occidentales de diversifier leurs sources. Cet accord permet à la France, qui dominait le secteur dans les années 1980 avant de perdre son leadership, de reprendre pied sur un marché critique pour la défense et la transition écologique.
Le circuit logistique entre le Malawi et le Kazakhstan
Le minerai extrait à Kangankunde ne sera pas traité directement en France. Le concentré de monazite transitera par une installation hydrométallurgique située au Kazakhstan, récemment acquise par Lindian Resources. C'est à cette étape que le minerai sera transformé en oxydes de haute qualité, notamment en néodyme et praséodyme, essentiels à la fabrication d'aimants. Carester bénéficie d'un droit de premier refus sur 70 % de la production de cette usine kazakhe, sécurisant ainsi une part significative de la chaîne de valeur.
Le projet Caremag au cœur de l'ambition française
En parallèle, la France finalise la construction de l'usine Caremag à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. Financé à hauteur de 216 millions d'euros par l'État français et des partenaires japonais, ce site industriel vise une double mission : le recyclage d'aimants et le raffinage de concentrés miniers. Une fois opérationnelle fin 2026, l'usine ambitionne de devenir le premier recycleur européen et un producteur majeur d'oxydes de dysprosium et de terbium.
Un gisement malawite à fort potentiel
Le site de Kangankunde, dont la mise en production industrielle est prévue pour le quatrième trimestre 2026, représente un projet minier d'envergure pour le Malawi. Avec des réserves estimées à 23,7 millions de tonnes, le gisement dispose d'une durée de vie opérationnelle projetée de 45 ans. La réussite de cette stratégie d'approvisionnement reste toutefois conditionnée au démarrage effectif de l'extraction minière et à la montée en puissance de l'usine de raffinage française à l'horizon 2027.