Face à la multiplication des accès illégaux aux compétitions sportives, la France s'apprête à généraliser, dès 2027, un système de blocage en temps réel des flux IPTV. Cette mesure, portée par l'Arcom, vise à protéger les droits des diffuseurs officiels tout en soulevant des inquiétudes techniques majeures concernant la fiabilité des interruptions de service.
Un arsenal législatif contre le piratage sportif
Le déploiement de ce dispositif est rendu possible par l'adoption, durant l'été, de la loi relative à l'organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel. Martin Adjari, président de l'Arcom, a confirmé que l'institution finalise actuellement les spécifications techniques et les modalités de saisines. L'objectif est de permettre une intervention immédiate sur les réseaux télécoms dès qu'une diffusion illicite est identifiée, ciblant prioritairement les retransmissions de rencontres sportives.
Des tests grandeur nature lors des compétitions majeures
Avant une généralisation prévue pour 2027, l'Arcom a multiplié les expérimentations. Lors de la reprise de la Ligue des champions cette semaine, 139 adresses IP ont été visées par des tentatives de blocage. Ces essais s'inscrivent dans une stratégie éprouvée lors d'événements sportifs d'envergure : 10 blocages avaient été réalisés pour Roland-Garros, 290 pour Wimbledon et 350 lors de la dernière Coupe du monde de football.
Le risque de surblocage et la responsabilité des ayants droit
Le modèle français se heurte toutefois à un défi technique déjà observé en Italie avec le système « Piracy Shield ». La méthode actuelle, qui consiste à bloquer des adresses IP, comporte un risque élevé de « surblocage ». Comme les pirates utilisent souvent des services d'hébergement mutualisés, une intervention peut accidentellement rendre inaccessibles des sites légitimes partageant la même adresse IP.
Cette menace sur la neutralité du réseau a poussé les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) à réagir. Ces derniers demandent que les détenteurs de droits soient tenus responsables des pertes et des dommages causés par des blocages abusifs. La capacité de la France à concevoir un système plus précis que celui de ses voisins européens reste, à ce stade, le point critique à surveiller pour les prochains mois.