Alors que la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 s’intensifie, la question de l’annulation d’une partie de la dette française resurgit, portée par Jean-Luc Mélenchon. Une proposition qualifiée d’« illégale » et « dangereuse » par le ministre de l’Économie Roland Lescure, relançant un débat aux enjeux économiques et politiques majeurs.
Une proposition radicale : effacer 18 % de la dette détenue par la Banque de France
Le leader de La France Insoumise propose de ne pas rembourser les 18 % de la dette publique française détenus par la Banque de France, soit une somme estimée à plusieurs centaines de milliards d’euros. Selon lui, cette mesure permettrait de dégager des marges de manœuvre budgétaires pour financer des politiques sociales et écologiques. Mais cette idée, bien que séduisante sur le papier, soulève des questions juridiques et économiques complexes.
Pour ses partisans, il s’agirait d’une décision souveraine permettant à l’État de se libérer d’un fardeau financier hérité de décennies de politiques économiques contestées. Ils y voient aussi un moyen de rééquilibrer les rapports de force avec les marchés financiers, souvent pointés du doigt pour leur influence sur les choix publics.
Roland Lescure contre-attaque : « Illégale et irresponsable »
Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a vivement réagi à cette proposition lors d’une intervention sur BFMTV-RMC. Pour lui, annuler une partie de la dette reviendrait à violer les règles européennes et à saper la crédibilité financière de la France. Il met en garde contre un signal désastreux envoyé aux investisseurs, risquant d’aggraver les coûts d’emprunt du pays et de fragiliser sa note souveraine.
Lescure rappelle que la dette française, déjà élevée (plus de 110 % du PIB), est un sujet de préoccupation pour les institutions européennes. Une telle mesure pourrait provoquer une crise de confiance et entraîner des sanctions de la part de Bruxelles, notamment en matière de déficit public.
Débat économique : entre souveraineté et orthodoxie budgétaire
Le clivage sur cette question illustre les tensions entre deux visions de la gestion publique. D’un côté, les partisans d’une relance par la dette estiment que l’État doit pouvoir utiliser tous les leviers disponibles pour relancer l’économie, surtout dans un contexte de ralentissement et d’inégalités croissantes. De l’autre, les défenseurs de l’équilibre budgétaire craignent qu’une telle mesure ne précipite le pays dans une spirale inflationniste ou une crise de la dette.
Certains économistes soulignent que l’annulation de la dette détenue par la Banque de France – une institution publique – n’aurait pas d’impact direct sur la dette globale, mais modifierait la répartition des créances. Cependant, le risque politique et symbolique reste entier : celui d’une remise en cause de la confiance dans les institutions et dans la parole de l’État.
Un enjeu de campagne qui dépasse l’économie
Au-delà des arguments techniques, cette proposition s’inscrit dans un débat plus large sur la légitimité de la dette et la capacité de l’État à se réapproprier sa politique économique. Pour ses détracteurs, elle relève d’une démagogie dangereuse, tandis que ses défenseurs y voient une nécessaire rupture avec un système financier perçu comme injuste.
Alors que les sondages placent l’élection présidentielle de 2027 sous haute tension, cette question pourrait devenir un marqueur idéologique entre les candidats. Elle interroge en effet la place de la France dans l’Europe et son rapport à la rigueur budgétaire, dans un contexte où les marges de manœuvre se réduisent.