La Direction générale de l'armement (DGA) a officiellement confié le développement du programme spatial Cassiopée au groupement formé par Airbus Defence and Space et la start-up Unseenlabs. Ce projet ambitieux vise à doter l'armée française d'une nouvelle génération de satellites de renseignement d'origine électromagnétique (ROEM) à l'horizon 2032.
Une architecture industrielle hybride
Pour mener à bien ce chantier, Airbus endosse le rôle d'architecte général. L'industriel s'appuiera sur sa plateforme satellite S250, une technologie déjà éprouvée dans le cadre de la constellation d'observation CO3D, pour piloter l'intégration du système et fournir le centre de contrôle. De son côté, Unseenlabs, acteur spécialisé du New Space, apporte son expertise pointue en planification de mission et en traitement des données. La jeune pousse rennaise sera responsable de la conception d'une charge utile innovante et du segment sol utilisateur, marquant une collaboration stratégique entre un géant de l'aérospatiale et une entreprise agile du secteur.
Capacité d'écoute et surveillance globale
Contrairement aux satellites d'imagerie optique, les futurs équipements du programme Cassiopée fonctionneront comme des antennes géantes en orbite. Leur mission consistera à intercepter les signaux radar et les télécommunications émis depuis le sol, la mer ou les airs. Cette capacité d'écoute permettra de détecter, d'identifier et de localiser des équipements potentiellement hostiles avant même qu'ils ne soient visuellement identifiables. Ce système est appelé à devenir le pilier central du programme Celeste, qui regroupe l'ensemble des moyens spatiaux français dédiés à la surveillance électromagnétique, en remplacement des satellites Ceres actuels.
L'autonomie stratégique comme priorité
L'attribution de ce contrat répond à un impératif de souveraineté nationale. En développant ses propres outils de renseignement, la France cherche à s'affranchir de toute dépendance vis-à-vis de partenaires extérieurs pour l'accès aux données critiques. Cette autonomie permet aux autorités militaires d'évaluer elles-mêmes la nature des menaces sur les zones sensibles et d'ajuster leurs réponses opérationnelles en toute indépendance. Pour les acteurs impliqués, ce projet illustre la montée en puissance de la filière spatiale française, capable de conjuguer expertise industrielle historique et innovation technologique pour répondre aux défis sécuritaires de la prochaine décennie.