La Direction générale de l'armement (DGA) a franchi une étape décisive dans la modernisation des capacités de la Marine nationale en concevant, en seulement six mois, le drone naval kamikaze baptisé SMOKERS. Ce projet, né d'une volonté de souveraineté et d'agilité, vise à doter les forces armées d'une munition télé-opérée à bas coût, capable de répondre aux menaces asymétriques observées sur les théâtres d'opérations contemporains.
Une conception agile pour une réponse souveraine
Le développement de SMOKERS — acronyme de « Système maritime opérationnel kamikaze évolutif en réalisation souveraine » — s'est affranchi des circuits industriels classiques. Coordonné par le centre expert des drones navals (CERDAN) et soutenu par l'Agence de l'innovation de défense, le projet a mobilisé les compétences internes de la DGA. L'engin, long de cinq mètres pour 500 kilos, repose sur une architecture volontairement simplifiée : une coque en résine et fibre de verre propulsée par un moteur hors-bord standard. Cette approche permet de maintenir un coût unitaire réduit à quelques dizaines de milliers d'euros, tout en intégrant des technologies de pointe comme une boule optronique thermique et des composants imprimés en 3D.
Un dispositif sous contrôle humain permanent
Malgré son caractère offensif, SMOKERS intègre un principe de sécurité fondamental : le maintien d'un opérateur « dans la boucle ». Piloté à distance via une liaison satellite, le drone transmet un flux vidéo en temps réel permettant une identification précise de la cible avant l'impact. Cette exigence opérationnelle constitue toutefois un défi technique majeur, la résilience de la liaison de données face aux systèmes de brouillage électronique restant un point critique pour l'efficacité du système en environnement contesté.
Vers une montée en puissance industrielle
Après des essais concluants menés à Toulon et Cherbourg, notamment lors de l'exercice Wildfire, le drone a démontré sa capacité à être déployé depuis divers bâtiments de surface, tels que des frégates ou des porte-hélicoptères amphibies. La DGA, propriétaire des plans, a désormais lancé un appel d'offres de 36 millions d'euros pour confier la fabrication en série à un partenaire industriel. Ce programme, qui prévoit une entrée en réalisation pour la mi-2027, ambitionne de produire ces vecteurs à grande échelle. L'objectif stratégique est clair : offrir une alternative économique aux missiles conventionnels pour des missions de neutralisation de navires ou d'opérations spéciales, tout en préservant les stocks de munitions complexes.