La cheffe du groupe La France Insoumise (LFI) à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, a publiquement désavoué la décision du député Aurélien Taché de publier son prochain ouvrage chez Fayard. Cette prise de position souligne les tensions persistantes entre le mouvement politique et l'influence de l'homme d'affaires Vincent Bolloré sur le paysage culturel et médiatique français.
Une ligne de démarcation politique
La publication, prévue pour le 14 octobre, de l'ouvrage intitulé « Le Français, une langue africaine » par le député du Val-d’Oise, a suscité une réaction ferme au sein de son groupe parlementaire. Mathilde Panot a déclaré que si ce choix relevait de l'initiative personnelle d'Aurélien Taché, il ne représentait en aucun cas la ligne officielle de LFI. Elle a ainsi émis une recommandation claire pour les échéances futures : aucun député insoumis ne devrait, selon elle, collaborer avec des maisons d'édition appartenant au groupe Bolloré.
La stratégie de démantèlement du trust
Cette injonction s'inscrit dans une offensive plus large menée par les cadres de La France Insoumise contre l'empire de Vincent Bolloré. Jean-Luc Mélenchon a régulièrement dénoncé ce qu'il qualifie de « monopole idéologique » exercé par le milliardaire sur les secteurs de la presse, de l'édition et de l'éducation. Le mouvement a d'ailleurs fait du démantèlement du trust Bolloré un engagement politique majeur en vue de l'échéance présidentielle de 2027, arguant que cette concentration de pouvoir menace la liberté de penser.
Le dilemme de la bataille culturelle
De son côté, Aurélien Taché justifie sa démarche par une volonté de mener une « bataille culturelle » au sein même des espaces dominés par des lignes éditoriales conservatrices. Le député soutient que le contenu de son livre, axé sur une vision décoloniale et désoccidentalisée de la francophonie, est aux antipodes de l'univers idéologique généralement associé à l'éditeur. Cette stratégie de confrontation directe au sein de l'espace public reste toutefois un point de friction interne, illustrant la difficulté pour les élus de concilier leurs projets éditoriaux avec la ligne de boycott prônée par leur formation politique.