Le gouvernement français a annoncé une réforme majeure de sa politique d'aide publique au développement (APD) visant sept pays africains. Ce dispositif, qualifié de système de « bonus-malus », conditionne désormais le soutien financier de Paris à une coopération accrue dans la lutte contre l'immigration irrégulière vers l'archipel de Mayotte.
Un mécanisme de conditionnalité ciblé
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a désigné sept États — les Comores, le Burundi, la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Somalie et le Kenya — comme cibles de ce nouveau cadre diplomatique. Le ministère des Affaires étrangères a reçu pour mission de structurer ce dispositif pour une mise en œuvre dès 2026. Concrètement, le versement de l'aide sera modulé selon trois critères principaux : l'efficacité de la lutte contre les réseaux de passeurs, la facilitation des retours des ressortissants en situation irrégulière et la délivrance de laissez-passer consulaires. Le Premier ministre a toutefois précisé que l'aide humanitaire directe resterait sanctuarisée.
Des réactions politiques contrastées en France
Cette annonce suscite une vive controverse au sein de la classe politique française. À gauche, des élus dénoncent un « chantage » à l'aide publique, arguant que cette approche ignore les causes profondes des migrations, telles que la misère, les conflits et les crises climatiques. À l'opposé, l'extrême droite juge la mesure insuffisante, réclamant la suppression pure et simple de l'aide plutôt que sa modulation. Localement, la députée de Mayotte Estelle Youssouffa a accueilli l'annonce avec scepticisme, y voyant une manœuvre de communication politique tout en rappelant que des mécanismes de conditionnalité similaires existent déjà dans les accords passés avec les Comores.
L'inquiétude des acteurs de la solidarité internationale
Les organisations non gouvernementales expriment une vive préoccupation face à ce qu'elles considèrent comme une instrumentalisation de l'aide au développement. Pour les acteurs du secteur, cette approche transactionnelle, calquée sur des modèles étrangers, transforme un outil de solidarité internationale en une arme diplomatique. Selon les experts, cette stratégie risque de réduire l'efficacité de l'APD en détournant ses objectifs initiaux d'autonomisation des pays bénéficiaires. De plus, plusieurs observateurs doutent de l'impact réel d'une telle mesure sur les flux migratoires, soulignant l'absence de corrélation historique entre le volume d'aide versé et la diminution des départs vers le territoire français.