Le gouvernement français a annoncé son intention de lier le versement de l'aide publique au développement (APD) à la coopération migratoire de sept pays africains. Ce dispositif, qualifié de système de « bonus-malus », vise à renforcer le contrôle des frontières sur l'archipel de Mayotte dès 2026.
Un mécanisme de conditionnalité pour sept pays africains
Le dispositif cible spécifiquement les Comores, le Burundi, la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Somalie et le Kenya. Selon les annonces faites par le Premier ministre Sébastien Lecornu, l'aide financière sera modulée selon des critères précis : la lutte contre les réseaux de passeurs, la facilitation des retours des ressortissants en situation irrégulière et la délivrance de laissez-passer consulaires. Si cette mesure doit entrer en vigueur de manière progressive à partir de 2026, le gouvernement précise que l'aide humanitaire directe restera sanctuarisée.
Des réactions politiques contrastées en France
Cette annonce suscite une vive controverse au sein de la classe politique française. À gauche, des élus dénoncent un « chantage » inacceptable, arguant que l'aide au développement ne devrait pas être instrumentalisée pour répondre à des enjeux de politique intérieure. À l'inverse, les courants d'extrême droite jugent la mesure insuffisante, réclamant la suppression pure et simple de ces aides. Localement, la députée de Mayotte Estelle Youssouffa a accueilli la nouvelle avec scepticisme, qualifiant l'annonce de « com' politique » tout en rappelant l'inefficacité relative des accords de 2019 déjà conclus avec les Comores.
L'inquiétude des acteurs de la solidarité internationale
Les organisations non gouvernementales (ONG) expriment une vive préoccupation face à cette transformation de l'aide publique en outil transactionnel. Des experts du CCFD-Terre Solidaire et de Solidarités International soulignent que cette approche « donnant-donnant » dénature la vocation première de l'APD, censée favoriser l'autonomisation des pays bénéficiaires. Selon ces acteurs, l'utilisation de l'aide comme levier diplomatique risque non seulement de réduire son efficacité sur le terrain, mais s'avère également inopérante pour endiguer les flux migratoires, dont les causes profondes demeurent liées à la précarité, aux conflits et aux crises climatiques.