Un rapport accablant de l’institut Thomas More met en lumière un demi-siècle de renoncements stratégiques de la France dans l’Union européenne, sans gain tangible de souveraineté collective. Entre transferts de compétences irréversibles et illusions sur la puissance européenne, le bilan interroge : l’Europe a-t-elle été un levier ou un piège pour Paris ?
Le marché unique, une illusion de puissance économique
Adopté en 1986, le Marché unique devait incarner l’ambition d’un bloc économique unifié. Pourtant, selon les auteurs du rapport, il a surtout accéléré la mise en concurrence des économies européennes, sapant les fondations d’une stratégie industrielle commune. « Contrairement à son nom, il a cassé la logique de rapprochement des économies membres », soulignent Jean de Belot et Tarick Dali, coordinateurs de l’étude. Résultat : une fragmentation accrue des chaînes de valeur, au détriment des champions industriels français.
Maastricht et Lisbonne, des transferts de souveraineté sans contrepartie
Les traités de Maastricht (1992) et de Lisbonne (2007) ont acté le transfert de compétences majeures – justice, population, sécurité, monnaie – vers les institutions européennes. Problème : ces abandons n’ont pas été compensés par une souveraineté communautaire effective. « L’UE a hérité de pouvoirs sans moyens ni volonté politique pour les exercer », analyse Jean-Thomas Lesueur, directeur général de l’institut. Une asymétrie qui prive la France de leviers essentiels, sans lui offrir en retour une capacité d’action collective renforcée.
L’Acte unique, symptôme d’une Europe déséquilibrée
L’Acte unique de 1986, souvent présenté comme une avancée, est pointé du doigt pour avoir institutionnalisé une logique de concurrence plutôt que de coopération. En alignant les États sur des règles communes sans harmonisation des politiques industrielles ou sociales, il a creusé les écarts entre membres. Pour les auteurs, cette approche a surtout servi les intérêts des économies les plus compétitives, au détriment de la cohésion européenne.
Un bilan sans retour : la France face à ses choix
Le rapport souligne un paradoxe : la France a multiplié les abandons de souveraineté, espérant en tirer une puissance européenne accrue. Or, l’UE reste un ensemble fragmenté, où les décisions stratégiques échappent souvent aux États. « Nous avons troqué des compétences nationales contre des promesses non tenues de souveraineté européenne », résument les auteurs. Une équation qui interroge l’avenir même de la construction communautaire, alors que les crises (énergétique, géopolitique) exigent des réponses unifiées.