Les Accords d’Abraham, qui ont normalisé les relations entre Israël, le Maroc et les Émirats arabes unis, reposent sur une logique transactionnelle étroitement liée à l'administration Trump. Cette architecture diplomatique, dépourvue d'ancrage législatif solide au Congrès américain, se retrouve aujourd'hui fragilisée par les évolutions du paysage politique intérieur des États-Unis.
Une dépendance aux décisions exécutives
La pérennité des acquis obtenus par Rabat et Abou Dhabi est intrinsèquement liée à la nature même de ces accords. Au Maroc, la reconnaissance de la souveraineté sur le Sahara occidental demeure une décision présidentielle sans consécration par une loi fédérale, rendant cette position diplomatique réversible. De même, pour les Émirats arabes unis, l'accès privilégié aux technologies militaires et aux semi-conducteurs de pointe dépend de décrets exécutifs susceptibles d'être remis en cause par une future administration ou par une pression accrue du pouvoir législatif.
L'érosion du consensus bipartisan
La scène politique américaine traverse des mutations qui impactent directement le soutien traditionnel à Israël. L'influence du lobby AIPAC, autrefois jugée incontournable, montre des signes de déclin, illustrés par des échecs électoraux et une réticence croissante de certains élus à afficher un soutien inconditionnel. Cette tendance, marquée par une montée de l'isolationnisme au sein de l'électorat républicain et une polarisation accrue chez les démocrates, fragilise les fondements sur lesquels reposent les engagements pris en 2020.
Les enjeux de 2026 et 2029
Les prochaines échéances électorales américaines serviront de baromètre pour ces alliances. Les élections de mi-mandat de 2026 pourraient renforcer le contrôle parlementaire sur la politique étrangère, notamment concernant les autorisations d'exportation de technologies sensibles vers les pays du Golfe ou le débat sur le Sahara occidental. L'échéance de 2029, marquant la fin du second mandat de Donald Trump, constituera le véritable test de survie pour ces accords, dont la personnalisation autour de l'ancien président a accentué la vulnérabilité face aux alternances politiques.
Des stratégies nationales sous tension
Pour maintenir ces partenariats, les pays signataires doivent naviguer entre leurs intérêts stratégiques et les pressions internes. Si les Émirats visent des transferts technologiques massifs pour devenir un pôle mondial de l'intelligence artificielle, le Maroc, tout en renforçant sa coopération sécuritaire et économique avec Washington, doit gérer une opinion publique sensible à la situation au Proche-Orient. La persistance de ces relations, malgré les critiques, souligne la complexité d'une diplomatie où les intérêts d'État se heurtent à une instabilité politique croissante chez leur principal allié américain.