La néobanque française Qonto, figure de proue de la French Tech, opère un tournant stratégique majeur en délaissant la course à l'hypercroissance pour privilégier une expansion plus mesurée. Cette nouvelle orientation vise à consolider la rentabilité de l'entreprise tout en adaptant son modèle économique aux réalités du marché actuel.
Un changement de cap opérationnel
Après une phase d'expansion rapide marquée par une levée de fonds record de 486 millions d'euros en 2022, Qonto ajuste ses ambitions. L'entreprise, qui compte aujourd'hui 1 700 collaborateurs, n'a pas atteint ses objectifs initiaux de 2 000 salariés et d'un million de clients fixés il y a deux ans. La direction, représentée par Philippine Rougevin-Baville, confirme que la priorité n'est plus la croissance absolue, mais le développement du portefeuille de services auprès des clients existants et la conquête d'entreprises de plus grande taille, au-delà de sa base historique composée d'indépendants et de PME.
Stabilité financière et autonomie
Malgré l'abandon de ses objectifs chiffrés à court terme, Qonto affiche une santé financière solide. La société revendique 750 000 clients et se déclare rentable, ce qui lui permet de s'affranchir de nouvelles levées de fonds ou d'une introduction en Bourse immédiate. La direction souligne que la hausse des taux d'intérêt a jusqu'ici favorisé sa rentabilité sans pour autant fragiliser la solvabilité de sa clientèle, le taux de défaut des entreprises clientes restant stable par rapport aux deux dernières années.
Vers une licence bancaire complète
Parallèlement à cette consolidation, Qonto poursuit ses efforts pour diversifier son offre. Après avoir intégré des acteurs comme Penta en Allemagne et Regate en France, la fintech a déposé une demande de licence bancaire auprès de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). L'obtention de cet agrément, attendue dans les prochains mois, constitue une étape clé pour élargir sa gamme de produits financiers. Ce développement intervient alors que l'entreprise a dû surmonter des obstacles réglementaires en Italie, son troisième marché, marquant une volonté de stabiliser ses opérations européennes avant toute nouvelle accélération.