La fin des subventions pétrolières au Nigeria : un impératif comptable ou une erreur stratégique ?

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 45 lectures
La fin des subventions pétrolières au Nigeria : un impératif comptable ou une erreur stratégique ?

Le Nigeria a évité de justesse un désastre budgétaire en supprimant les subventions sur les carburants, selon les déclarations du président Bola Tinubu. Une décision présentée comme un impératif comptable, mais dont les conséquences sociales et politiques restent à évaluer.

Les faits essentiels

Le président Bola Tinubu a mis fin au régime des subventions pétrolières au Nigeria, une mesure qui aurait coûté jusqu’à 53 000 milliards de nairas par an sans cette suppression. Selon le président du Service des recettes nigérian (NRS), Zacch Adedeji, le maintien de ce dispositif aurait absorbé plus de 76 % du budget national, rendant toute viabilité financière impossible. Avant son abolition, les subventions étaient financées en partie par des emprunts extérieurs, comme un prêt de 2,2 milliards de dollars en Eurobond en 2022, alors que le déficit budgétaire se creusait.

Instauré en 1973 sous le régime de Yakubu Gowon pour stabiliser les prix des carburants et lutter contre l’inflation, le système a progressivement transformé les finances publiques en un gouffre. Les gouvernements successifs ont tenté de le réformer, notamment via la loi sur l’industrie pétrolière de 2021, mais sans succès durable. Des voix comme celles de l’ancien ministre des Finances Ngozi Okonjo-Iweala ou de l’émir de Kano Sanusi Lamido Sanusi avaient alerté sur son caractère régressif et son rôle dans le creusement des inégalités.

Pourquoi c'est important

La suppression des subventions pétrolières illustre un tournant dans la gestion économique du Nigeria. Le pays a frôlé l’asphyxie financière en consacrant une part croissante de ses recettes à une politique de consommation, plutôt qu’à des investissements productifs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2022, la facture des subventions représentait près de 3 000 milliards de nairas, alors que les recettes fédérales s’élevaient à 12 590 milliards. En 2023, malgré une hausse des recettes à 11 930 milliards, le déficit persistait, rendant le système insoutenable.

Pour les défenseurs de la mesure, il s’agissait d’un choix de bon sens comptable. Le NRS souligne que les subventions n’étaient pas un revenu, mais une dépense structurelle qui creusait le déficit. En 2022, le gouvernement a dû emprunter 2,2 milliards de dollars en Eurobond pour financer ces subventions, une pratique qualifiée de « consommation financée par la dette » par Adedeji. Une telle approche, selon lui, équivaut à « emprunter pour acheter un produit à 10 nairas et le revendre à 3 », une logique économique intenable à long terme.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs questions restent en suspens après cette réforme. D’abord, les mécanismes de redistribution des économies réalisées grâce à la suppression des subventions n’ont pas encore été clairement détaillés. Le gouvernement devra prouver que les fonds libérés seront réinvestis dans des infrastructures ou des programmes sociaux ciblés, et non absorbés par d’autres dépenses non productives.

Ensuite, l’impact social de cette décision pourrait se faire sentir dans les mois à venir, notamment sur les ménages les plus vulnérables. Bien que le système de subventions ait été critiqué pour son inefficacité et ses détournements, son abolition brutale risque d’aggraver les tensions sociales, comme en témoignent les récentes protestations contre la hausse des prix des carburants.

Enfin, la crédibilité des institutions nigérianes sera mise à l’épreuve. La capacité du NRS à garantir une transparence dans la gestion des recettes pétrolières et à éviter les pratiques de corruption, souvent associées au système des subventions, sera un indicateur clé de la réussite de cette réforme. Les prochains budgets devront refléter une discipline fiscale accrue pour éviter de reproduire les erreurs du passé.

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