Réunie lors de sa 6e Assemblée générale à Bamako, l'Interprofession de la filière bétail-viande du Mali (IFBV-Mali) a dressé un état des lieux préoccupant de la chaîne de valeur. Entre insécurité persistante et logistique défaillante, les acteurs du secteur appellent à une concertation accrue avec les pouvoirs publics pour garantir l'accès des populations à la viande.
L'impact de l'insécurité sur la production et la logistique
La filière subit de plein fouet les conséquences de l'instabilité sécuritaire, qui entrave les mouvements des éleveurs et le transport du bétail vers les centres urbains. Dans des régions comme Bandiagara ou Mopti, les circuits traditionnels sont rompus, provoquant une chute drastique de l'offre dans les abattoirs. À Bandiagara, certains bouchers ont dû cesser leurs activités, tandis que le volume d'abattage quotidien a chuté de manière significative, passant parfois de vingt têtes à seulement trois. Cette raréfaction, couplée aux risques encourus sur les axes routiers, maintient les prix du kilogramme de viande à des niveaux élevés, oscillant entre 3 500 et 4 000 francs CFA.
Une tension exacerbée par la saisonnalité
Si les professionnels pointent des blocages structurels, le président de l'IFBV-Mali, Mamoudou Abdoulaye Diallo, souligne également une composante saisonnière. L'hivernage et les cycles de transhumance éloignent temporairement les troupeaux des grands centres de consommation. Toutefois, cette explication ne suffit pas à masquer la fragilité du système. Les acteurs du secteur, des éleveurs aux commerçants, s'accordent à dire que sans une sécurisation effective des routes et une amélioration des infrastructures de conservation, la fin de la saison des pluies ne suffira pas à rétablir durablement l'équilibre du marché.
Vers une structuration et une traçabilité renforcées
Face à ces défis, l'interprofession mise sur une approche collective pour restructurer la filière. L'objectif est d'instaurer un cadre de dialogue permanent avec l'État afin de faire remonter les contraintes du terrain et d'élaborer des solutions concrètes. Parallèlement, la filière mise sur la valorisation de ses produits, notamment à travers l'opérationnalisation du label « Mali Sogo ». Cette marque collective, enregistrée auprès de l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle, vise à garantir la traçabilité et l'origine de la viande malienne, un levier jugé essentiel pour renforcer le positionnement du secteur sur le marché national et assurer une meilleure sécurité alimentaire pour les citoyens.