La FIFA riposte juridiquement contre l'UEFA après des accusations de « gestion criminelle » visant son président Gianni Infantino, lié à un projet controversé de cession de parts de la Coupe du Monde à des investisseurs privés. Dans des documents déposés aux États-Unis, la FIFA dénonce une « campagne de diffamation » orchestrée par le football européen pour discréditer son leadership et bloquer une réforme financière.
L'UEFA attaque sur le terrain judiciaire, la FIFA contre-attaque
L'UEFA a saisi un tribunal américain pour obtenir des preuves et documents dans le cadre d'une enquête potentielle en Suisse, accusant Infantino de « gestion criminelle » et de fixation frauduleuse des prix pour son projet FFE (Fifa Forward Enterprise). Ce plan, abandonné en juillet 2023 sous la pression, prévoyait une levée de 4,2 milliards de dollars pour financer les associations membres, avec une augmentation des subventions annuelles de 5,9 à 14,7 millions de livres sterling.
La FIFA rejette ces accusations dans ses propres recours, qualifiant l'action de l'UEFA de « défaut fondamental » et de « carence juridique ». Elle souligne que le FFE n'était qu'une « proposition » soumise à l'approbation des fédérations membres et du Conseil FIFA, jamais validée. Selon elle, l'UEFA cherche à étouffer une réforme qui menacerait son hégémonie économique en renforçant les fédérations africaines, asiatiques et sud-américaines.
Un conflit aux racines géopolitiques et financières
La FIFA argue que le FFE aurait permis aux petites nations de développer leur football, réduisant ainsi l'exode des talents vers l'Europe et limitant le pouvoir de marché de l'UEFA. Elle accuse l'instance européenne de vouloir préserver son avantage compétitif en empêchant cette redistribution des richesses. « Si le football se renforce dans les pays en développement, la concurrence mondiale augmente, ce qui réduit in fine le pouvoir de marché de l'UEFA », écrit la FIFA dans ses plaidoiries.
L'UEFA, de son côté, demande l'audition de Joshua Kushner, frère du gendre de Donald Trump, et de Greg Maffei, conseillers clés du projet avorté. Bien que ni l'un ni l'autre ne soient visés par des poursuites, l'UEFA affirme que leurs témoignages pourraient révéler des irrégularités dans la valorisation de la Coupe du Monde, estimée à seulement 15 milliards de livres sterling – un chiffre jugé « non issu d'une enchère ouverte » et non validé par un expert indépendant.
Kushner regrette son implication, l'UEFA maintient la pression
Dans une déclaration rare, Joshua Kushner a exprimé des regrets : « Nous soutenons les motivations du FFE, mais nous n'avions pas anticipé les dynamiques politiques du football mondial. Si nous avions su jusqu'où cela irait, nous ne nous serions pas impliqués. » Malgré cette reculade, l'UEFA persiste dans sa stratégie judiciaire, espérant forcer la FIFA à dévoiler des documents et accélérer les procédures.
Les observateurs soulignent que cette bataille juridique dépasse le cadre sportif : elle oppose deux visions du football mondial, l'une centralisée en Europe, l'autre prônant une redistribution plus équitable des ressources. Trois confédérations africaines ont déjà appelé Infantino à démissionner, tandis que l'UEFA mène une fronde sans précédent contre son leadership.