La gouverneure de la Réserve fédérale américaine, Lisa Cook, oppose une fin de non-recevoir aux accusations de fraude portées par l’administration Trump, qui tente une nouvelle fois de la destituer. Une offensive perçue comme une attaque contre l’autonomie de l’institution, déjà protégée par une décision de la Cour suprême.
Des accusations sans fondement juridique
Lisa Cook, nommée par un président démocrate, fait face à des allégations de fraude hypothécaire formulées par Donald Trump. Ces accusations, qualifiées d’« erreurs involontaires » par ses avocats, visent à justifier une destitution pour « motif valable », condition légale requise par le Federal Reserve Act de 1913. Pourtant, la Cour suprême a déjà bloqué en juin une tentative similaire de Trump pour écarter des gouverneurs de la Fed sans justification valable.
Dans une lettre publiée cette semaine, ses avocats, Abbe David Lowell et Norman Eisen, rappellent que « une erreur administrative ne constitue pas une fraude », soulignant que plusieurs membres de l’administration Trump eux-mêmes auraient commis des erreurs similaires dans leurs déclarations hypothécaires. Pour eux, ces attaques ciblent moins des irrégularités que la volonté de soumettre la Fed à des pressions politiques.
Une stratégie de destitution récurrente
Ce n’est pas la première fois que Trump tente d’écarter Lisa Cook. Dès août 2025, il avait menacé de la licencier, avant qu’elle ne saisisse la justice. La Cour suprême, dans un arrêt partagé (5 contre 4), avait confirmé en juin que les gouverneurs de la Fed ne pouvaient être révoqués que pour des raisons précises, excluant les motivations politiques. Malgré cette décision, l’administration Trump persiste, envoyant à Cook un ultimatum le 5 août pour répondre aux accusations sous trois semaines.
Cette obstination s’inscrit dans une stratégie plus large de Trump pour étendre son pouvoir exécutif, notamment en cherchant à influencer la politique monétaire. Il a déjà exercé des pressions sur la Fed pour réduire rapidement les taux d’intérêt, une mesure risquée selon les experts, qui pourrait affaiblir le dollar et alimenter l’inflation.
La Fed, cible d’une offensive politique
Lisa Cook n’est pas la seule cible de Trump au sein de la Fed. L’ancien président Jerome Powell, dont le mandat de président de la Fed s’est achevé en mai, a lui aussi été visé par une enquête pénale en janvier, avant que celle-ci ne soit abandonnée en avril. Powell avait dénoncé une tentative d’intimidation, craignant que la politique monétaire ne soit dictée par des considérations politiques plutôt que par des données économiques.
Ces tensions révèlent une bataille plus profonde sur l’indépendance de la Fed, institution centrale pour la stabilité financière américaine. Alors que Trump cherche à renforcer son contrôle sur les leviers économiques, les experts alertent sur les risques d’une politisation de la politique monétaire, susceptible de fragiliser la confiance des marchés.