À partir de ce mardi 1er septembre, près de 4 millions d’entreprises françaises devront basculer vers la facturation électronique, une réforme censée moderniser l’administration fiscale et lutter contre la fraude à la TVA. Pourtant, seulement 58 % des structures prioritaires seraient prêtes, selon Bercy, tandis que les experts-comptables anticipent une période d’adaptation de trois à six mois.
Un démarrage chaotique prévisible malgré les assurances
Si le gouvernement et l’Ordre des experts-comptables affichent leur confiance, les chiffres révèlent un retard préoccupant : seules 58 % des 4 millions d’entreprises françaises identifiées comme prioritaires par Bercy seraient opérationnelles à temps. Un taux qui tombe à 50 % en Belgique, où la réforme n’est entrée en vigueur qu’en janvier 2026, avant que le pays n’atteigne une conformité totale en deux mois. En France, les entreprises non préparées ne seront pas sanctionnées avant 2027, une marge de manœuvre qui pourrait atténuer les tensions immédiates.
Les experts-comptables, qui accompagnent 3,5 millions d’entreprises, soulignent que les difficultés initiales ne sont pas une exception. Dominique Périer, vice-président de la Commission numérique, compare cette transition à celle du prélèvement à la source en 2019, marqué par des débuts laborieux avant de s’imposer comme une norme. « Qui voudrait remplir à nouveau sa feuille d’imposition à la main ? », interroge-t-il, soulignant l’inexorabilité du mouvement.
138 plateformes, un casse-tête pour les entrepreneurs
Le choix parmi les 138 solutions disponibles en France – contre 40 après des rachats et regroupements – constitue l’un des principaux freins pour les PME. Contrairement à l’Italie, qui impose un canal unique, chaque plateforme propose des fonctionnalités adaptées à des secteurs spécifiques, avec des coûts et des niveaux de service variables. Certaines sont gratuites, d’autres payantes, et toutes garantissent une interopérabilité totale, permettant aux entreprises de changer d’opérateur sans contrainte.
Fabrice Monné, directeur administratif et financier de Paris Ouest Construction, résume l’enjeu : « Ce sera difficile, mais pas impossible. Il y aura des accrocs au démarrage, mais c’est le cheminement logique de la digitalisation des entreprises. » Les entrepreneurs devront donc sélectionner une solution adaptée à leur taille et à leur secteur, sous peine de devoir migrer rapidement vers un autre prestataire.
Des gains attendus pour l’État et les entreprises
Au-delà des défis logistiques, la réforme promet des bénéfices concrets. Pour l’État, la traque des fraudes à la TVA pourrait rapporter entre 2 et 3 milliards d’euros supplémentaires par an, selon les premières estimations. Les entrepreneurs, eux, gagneront en efficacité : plus besoin de scanner des documents, objectivation des retards de paiement, et meilleure visibilité sur les mauvaises pratiques comptables.
Damien Charrier, président du Conseil national de l’ordre des experts-comptables, se dit « plutôt confiant » : « On va pouvoir objectiver les mauvaises pratiques et les retards de paiement, difficiles à prouver aujourd’hui. Cela fera aussi gagner du temps aux entrepreneurs. » Une révolution qui, si elle se concrétise, pourrait servir de modèle en Europe, où la Belgique a déjà montré la voie avec une adoption rapide après une phase initiale difficile.