Avec l’élection en ligne de son premier Bureau exécutif prévue le 9 septembre 2026, la diaspora tchadienne s’apprête à franchir un cap décisif pour structurer son engagement en faveur du développement national. Portée par une initiative civique indépendante, cette mobilisation vise à fédérer les 1,5 million de Tchadiens de l’étranger autour de projets concrets, tout en capitalisant sur leurs compétences et leurs transferts financiers pour stimuler l’économie locale.
Un vivier de 1,5 million de compétences à mobiliser
Longtemps dispersées, les actions de la diaspora tchadienne pourraient enfin trouver un cadre unifié grâce à cette élection historique. L’objectif affiché est clair : passer d’initiatives individuelles à une stratégie collective, centrée sur la solidarité et l’impact économique. « Notre ambition est de transformer le potentiel humain et financier de la diaspora en un levier tangible pour le Tchad », explique Aboubakar Baga, secrétaire général et porte-parole du mouvement.
Avec près de 1,5 million de membres, la communauté tchadienne à l’étranger représente un réservoir de savoir-faire, d’expériences professionnelles et de ressources financières. Pourtant, son rôle dans le développement national reste sous-exploité, faute de coordination. L’initiative Diaspora Tchadienne entend combler ce vide en créant des mécanismes de confiance, comme des fonds d’investissement ou des coopératives, pour sécuriser et orienter ces flux vers des projets productifs.
S’inspirer du modèle nigérian pour structurer les transferts
Le Nigeria voisin illustre le potentiel de la diaspora comme moteur économique. Selon les données de sa Banque centrale, les transferts de fonds des Nigérians de l’étranger ont atteint 950 millions de dollars en juillet 2026, et 3,4 milliards sur les sept premiers mois de l’année. Un exemple que le Tchad pourrait suivre en structurant ses propres mécanismes d’investissement.
Pour y parvenir, la diaspora tchadienne mise sur la transparence et la création de garanties financières pour rassurer les investisseurs. « Nous voulons éviter les initiatives isolées et privilégier une approche collective, avec des projets viables et durables », précise Aboubakar Baga. Parmi les pistes envisagées : une base de données des compétences, une plateforme de mise en relation entre investisseurs et porteurs de projets, ainsi que des coopératives agricoles et des programmes de formation professionnelle.
Des attentes fortes envers les pouvoirs publics
Si l’organisation se dit prête à collaborer avec les institutions tchadiennes, elle formule des exigences précises pour faciliter cette synergie. La simplification des démarches administratives, la sécurisation juridique des investissements et la création d’un guichet unique dédié à la diaspora figurent parmi les priorités. « Nous cherchons un partenariat transparent, sans privilèges particuliers, mais avec un cadre légal clair », souligne Aboubakar Baga.
L’immobilier, l’agriculture, l’industrie ou l’éducation : tous les secteurs sont concernés, à condition que les projets servent l’intérêt général. L’initiative exclut toute volonté de concurrence avec les structures existantes, insistant sur une vision inclusive où chaque Tchadien, où qu’il se trouve, peut contribuer au développement de son pays.
L’expatriation comme force, pas comme rupture
L’un des défis de cette mobilisation est de réconcilier intégration dans les pays d’accueil et attachement aux racines tchadiennes. « S’expatrier ne signifie pas renoncer à ses origines », rappelle Aboubakar Baga. Que l’on parte pour étudier, travailler ou s’installer définitivement, chaque parcours peut être une source de contribution au pays d’origine.
En appelant à une mobilisation générale, la diaspora tchadienne envoie un message fort : son engagement ne se limite pas à l’envoi de fonds, mais s’inscrit dans une démarche durable de développement. L’élection de septembre 2026 pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère pour le Tchad.