La dette publique française devrait représenter près de 4 % du PIB d’ici 2030, un niveau jamais atteint depuis l’entre‑deux‑guerres, tandis que le déficit reste supérieur à 5 % et que les prévisions de croissance restent faibles.
Dettes publiques : un seuil historique approché
L’institut Rexecode prévoit que la charge d’intérêts de la dette atteindra 133 milliards d’euros en 2030, soit plus du double des 65 milliards actuels, alors que le déficit public devrait rester autour de 5,3 % du PIB en 2026 et 5,2 % en 2027. La dette brute dépasserait les 120 % du PIB, contre 117 % aujourd’hui, dans un contexte de croissance annuelle prévue à 0,5 % en 2026, 0,9 % en 2027 et 1,2 % en 2028 selon la Banque de France.
Deux scénarios de redressement budgétaire
Pour ramener le déficit sous la barre des 3 % et stabiliser la dette, les experts estiment qu’un effort budgétaire d’environ 120 milliards d’euros est nécessaire, composé de baisses de dépenses, de hausses de recettes ou d’un mélange des deux. Le gouvernement tablait initialement sur un retour progressif sous les 3 % d’ici 2029, appuyé par le Conseil d’analyse économique qui proposait un plan de 112 milliards sur six ans. L’institut Avant‑Garde, quant à lui, suggérait une fourchette de 113 à 157 milliards sur sept ans afin de stabiliser la dette à 125 % du PIB en 2032 puis de la faire descendre à 114 % du PIB en 2040.
Le choc massif en trois ans défendu par Morlet‑Lavidalie
Anthony Morlet‑Lavidalie, économiste chez Rexecode, juge que la dégradation des comptes exige un « choc massif » immédiat, réparti sur trois ans seulement. Il soutient qu’un ajustement trop étalé serait un mirage, car les gouvernements ne s’y tiennent jamais, et préfère une réduction forte des dépenses publiques – notamment retraites, santé, collectivités locales et le train de vie de l’État – même si cela entraîne un léger ralentissement de l’activité, qu’il considère comme acceptable au regard du risque de défiance des marchés.
Les limites de l’ajustement progressif selon Plane
Mathieu Plane, directeur adjoint de l’OFCE, avertit qu’une réduction de 12 milliards d’euros de dépenses ou de recettes se traduit par une contraction de l’activité du même ordre, qui, du fait d’un taux d’imposition d’environ 50 %, fait perdre environ 6 milliards de recettes fiscales, réduisant ainsi l’efficacité de l’ajustement à seulement la moitié de l’effort consenti. Il préconise donc un étalement sur plusieurs années afin de limiter l’impact récessif tout en préservant la crédibilité budgétaire.