La dégradation des terres arables au Ghana, marquée par une forte acidité et une carence en matières organiques, constitue un frein majeur à la productivité agricole. Face à cette urgence, le Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR-SRI) alerte sur les risques pesant sur la sécurité alimentaire du pays et plaide pour une gestion scientifique des ressources pédologiques.
L'inadéquation des intrants importés
Le Dr Collins Tay, directeur du CSIR-SRI, souligne que l'utilisation massive d'engrais importés sans analyse préalable des sols aggrave la situation. En l'absence de tests de nutriments, ces produits sont souvent appliqués de manière indiscriminée, provoquant des déséquilibres chimiques qui accélèrent la dégradation des terres au lieu de restaurer leur fertilité. L'institut préconise désormais le développement de formulations d'engrais spécifiquement adaptées aux caractéristiques géologiques locales, plutôt qu'une dépendance continue envers des solutions étrangères standardisées.
Le défi du financement de la recherche
Au-delà des enjeux techniques, le CSIR-SRI fait face à une crise de financement structurelle. Bien que l'État assure le paiement des salaires des chercheurs, il ne finance pas directement les activités de recherche sur le terrain. Cette dépendance envers les agences donatrices limite la capacité de l'institut à réaliser des cartographies agricoles, des évaluations de fertilité et des essais essentiels pour orienter les politiques publiques. Le manque d'investissement domestique entrave ainsi la mise en œuvre de solutions innovantes pour préserver la santé des sols.
Vers une gouvernance agricole fondée sur la science
Lors de la session annuelle de planification de la recherche (IRREP) tenue à Kwadaso, des experts, dont le professeur Vincent Logah de l'Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah (KNUST), ont insisté sur la nécessité d'une collaboration accrue entre le gouvernement, les décideurs politiques et les scientifiques. L'enjeu est de transformer le modèle agricole ghanéen en intégrant systématiquement les données pédologiques dans les décisions d'importation et d'usage des intrants. Sans un soutien financier soutenu et une meilleure intégration de l'expertise scientifique, le pays s'expose à une baisse durable de ses rendements agricoles et à une fragilisation de son autonomie alimentaire.