Une cyberattaque d'envergure a récemment frappé les systèmes de régulation frigorifique de centaines de supermarchés en France, mettant en lumière les failles de sécurité des équipements industriels connectés. Cet incident, qui a touché des enseignes majeures comme Intermarché, Netto, Coopérative U, E.Leclerc et Monoprix, illustre la vulnérabilité croissante des chaînes d'approvisionnement face à des intrusions informatiques capables d'impacter le monde physique.
La fin de vie logicielle comme vecteur de risque
L'enquête pointe vers les contrôleurs de froid du fabricant danois Danfoss, notamment les séries AK-SM et AK-SC. Selon l'entreprise, la majorité des unités compromises étaient des modèles anciens ayant atteint leur fin de vie. Ces équipements ne bénéficiant plus de mises à jour de sécurité, ils sont devenus des cibles privilégiées pour les pirates exploitant des vulnérabilités techniques ou des identifiants compromis. L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) a d'ailleurs émis une recommandation urgente : déconnecter ces appareils d'internet ou instaurer un filtrage réseau extrêmement restrictif.
De l'informatique à la perturbation physique
L'attaque démontre la porosité entre les systèmes informatiques (IT) et les équipements physiques (OT). En accédant aux réseaux de pilotage, les attaquants peuvent manipuler des machines dépourvues d'interfaces classiques, comme des écrans ou des claviers. Les conséquences dépassent le simple cadre numérique : outre le gaspillage massif de denrées alimentaires, une manipulation malveillante des températures peut engendrer des risques physiques graves, tels que des départs de feu si les systèmes de réfrigération sont poussés à des niveaux critiques.
Une menace stratégique sous-estimée
Si l'origine précise de cette opération reste indéterminée, les experts soulignent que ce type d'intrusion s'inscrit dans un scénario de menace hybride identifié par la Revue nationale stratégique 2025. Le passage de systèmes isolés à des infrastructures connectées pour faciliter la supervision à distance a été réalisé sans toujours intégrer les protections nécessaires, comme le contrôle strict des accès. Ce constat rejoint les inquiétudes exprimées par les autorités sécuritaires françaises, qui estiment que la cybersécurité des infrastructures critiques a été, jusqu'ici, largement sous-évaluée par le monde de l'entreprise et des administrations.