La recrudescence des attaques contre les navires marchands dans le détroit d’Ormuz contraint les armateurs à des mesures financières exceptionnelles pour maintenir le flux d'hydrocarbures. Les rémunérations des capitaines et des équipages atteignent désormais des niveaux inédits, illustrant la dangerosité croissante de cette artère vitale pour l'approvisionnement énergétique mondial.
Des rémunérations indexées sur le risque
Pour maintenir la navigation dans une zone devenue une cible prioritaire, les propriétaires de pétroliers proposent des primes substantielles. Un capitaine peut désormais percevoir jusqu'à 100 000 dollars par mois, assortis d'une prime de risque de 50 000 dollars par traversée. Pour les marins ordinaires, dont le salaire de base avoisine les 1 500 dollars, les revenus peuvent être multipliés par six lors des passages dans le golfe d'Oman et le détroit d'Ormuz. Cette inflation salariale s'accompagne de coûts d'affrètement records, ayant atteint 1,3 million de dollars par jour, contre 20 000 à 50 000 dollars l'année précédente.
Une pression accrue sur les équipages
La situation place les marins, issus majoritairement de pays comme l'Inde, les Philippines ou l'Indonésie, dans une position précaire. Selon le syndicat Forward Seamen’s Union of India, certains armateurs exerceraient des pressions sur les membres d'équipage réticents à traverser la zone, menaçant de les remplacer et de leur facturer les frais de rapatriement. Cette dynamique transforme, selon certains observateurs, ces professionnels en « mercenaires » malgré eux, alors que 24 marins ont perdu la vie dans des attaques depuis février dernier.
Conséquences sur la logistique pétrolière
L'insécurité a profondément modifié les pratiques opérationnelles. Les navires privilégient désormais les traversées nocturnes, souvent en désactivant leurs systèmes de positionnement GPS pour échapper aux menaces. Malgré le déploiement de moyens de défense aérienne par la marine américaine, le volume de trafic a chuté : le nombre de navires traversant quotidiennement le détroit a significativement diminué, avec environ 2 % des bâtiments ciblés au cours du troisième trimestre. Cette situation force les producteurs régionaux à réorienter certains flux vers des oléoducs, tandis que les coûts d'assurance, représentant jusqu'à 10 % de la valeur de la coque, et la flambée des prix du carburant marin pèsent lourdement sur la rentabilité du transport d'hydrocarbures.