La flambée des cours du gaz naturel en Europe reflète une vulnérabilité énergétique critique, exacerbée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Alors que le détroit d'Ormuz reste quasi fermé, l'Union européenne aborde la saison hivernale avec des réserves historiquement basses, intensifiant la pression sur les marchés de gros.
Une dépendance aux flux maritimes sous tension
Le blocage du détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour environ un cinquième de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié (GNL), constitue le principal catalyseur de cette instabilité. Les efforts diplomatiques pour sécuriser la navigation, notamment via une réunion prévue à Oman entre les pays du Golfe et l'Iran, ont été reportés. Cette impasse diplomatique maintient une incertitude majeure sur les capacités d'exportation, alors que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) anticipe une baisse potentielle de l'offre mondiale de GNL supérieure à 20 milliards de mètres cubes pour la période hivernale.
Des prix au plus haut depuis 2022
Sur les marchés de référence, la réaction a été immédiate. Le contrat néerlandais TTF a atteint 84,50 euros par mégawattheure (MWh) en séance, pour se stabiliser autour de 83,2 euros, marquant son niveau le plus élevé depuis décembre 2022. Une tendance similaire est observée sur le marché britannique. Selon les analystes de LSEG, cette dynamique haussière est renforcée par une conjoncture défavorable : aux risques géopolitiques s'ajoutent des travaux de maintenance intensifs sur les infrastructures norvégiennes, limitant les capacités d'acheminement par gazoduc.
Des stocks européens au plus bas depuis 2013
La situation des réserves de l'Union européenne fragilise davantage la résilience du continent. Les stocks actuels se situent à 20 % en dessous de leur moyenne quinquennale, atteignant des niveaux inédits depuis 2013. Cette marge de sécurité réduite contraint les pays européens à une concurrence accrue pour s'approvisionner en GNL sur le marché mondial. Les experts de l'AIE préviennent que cette tension sur les stocks, couplée à l'impossibilité d'augmenter significativement les flux par gazoduc, pourrait maintenir une forte volatilité des prix tout au long de l'hiver, rendant le marché particulièrement sensible à tout nouvel incident logistique ou géopolitique.