Plus d’un an après la mort de l’Awujale Sikiru Kayode Adetona, le trône d’Ijebuland reste vacant, plongé dans une crise de succession qui oppose factions familiales, allégations de corruption et pressions politiques. La légitimité même de l’institution traditionnelle est aujourd’hui questionnée.
Un trône historique sous pression
L’Awujale Sikiru Kayode Adetona, décédé en juillet 2025 après 65 ans de règne, avait élevé le trône d’Ijebuland au rang d’institution traditionnelle la plus respectée du Nigeria. Son héritage mêlait tradition et modernité, tandis que ses prises de position publiques renforçaient l’influence de la monarchie bien au-delà des frontières d’Ijebuland. Sa disparition a donc créé une transition institutionnelle majeure, transformant une succession classique en un enjeu complexe mêlant droit coutumier, intérêts familiaux et ingérences politiques.
Factions familiales et allégations de manipulation
La crise s’est intensifiée avec la destitution controversée de trois hauts responsables de la maison royale Fusengbuwa – Otunba Abdulateef Owoyemi, le professeur Fassy Yusuf et le prince Oladokun Ajidagba – accusés de corruption, de falsification de documents et de violation des procédures. Ces derniers rejettent les accusations, dénonçant une « tentative de coup d’État » au sein de leur propre famille. Leur destitution a été validée par un comité de neuf membres, qui a également pointé des « irrégularités délibérées » dans la compilation des candidats, notamment l’absence de classification des aspirants selon les critères du décret de succession.
Le gouvernement d’Ogun entre neutralité affichée et interventions controversées
Face à l’escalade des tensions, le gouvernement de l’État d’Ogun a suspendu le processus de sélection en janvier 2026, invoquant des pétitions et des rapports de sécurité. Cette décision, présentée comme une mesure de préservation de la paix, a elle-même été contestée. Certains, comme le prince Yusuf, estiment que l’État n’a pas le pouvoir légal d’interrompre la procédure, tandis que d’autres y voient une tentative de contrôle politique. Le gouverneur Dapo Abiodun a nié toute préférence pour un candidat, mais des allégations de réunions secrètes avec les « faiseurs de roi » ont alimenté les soupçons d’ingérence.
Le musicien KWAM 1 et l’épisode judiciaire
L’entrée en scène du célèbre musicien Wasiu Ayinde Marshal, alias KWAM 1, a ajouté une dimension médiatique à la crise. Revendiquant son éligibilité via la branche Jadiara de la maison Fusengbuwa, il a été immédiatement contesté par les leaders familiaux, qui l’ont accusé de ne pas appartenir à la lignée paternelle requise. Après avoir saisi la justice pour contester son exclusion alléguée, son recours a été rejeté, et il a finalement retiré sa candidature. Son départ n’a cependant pas apaisé les tensions, illustrant la polarisation autour d’un trône devenu symbole de pouvoir et de prestige.
L’impasse et l’enjeu de la confiance publique
La crise actuelle dépasse la simple question de la succession : elle interroge la capacité d’Ijebuland à préserver l’autorité de ses institutions traditionnelles dans un contexte de modernisation de la société. Les allégations de corruption, les luttes de factions et les pressions politiques menacent de saper la légitimité du futur Awujale, quel qu’il soit. Les observateurs soulignent la nécessité d’un processus transparent, où les griefs seraient examinés de manière indépendante et où les règles coutumières seraient appliquées sans ambiguïté. Sans cela, le trône risque de perdre son aura historique au profit de divisions stériles.