La persistance de la crise au Moyen-Orient engendre des répercussions économiques sévères en Somalie, pays fortement dépendant des importations de carburant et de produits alimentaires. Cette instabilité des cours mondiaux frappe de plein fouet le secteur de la pêche dans l'État du Jubaland, plongeant les communautés côtières dans une précarité alimentaire et financière alarmante.
Une inflation galopante qui étouffe l'activité artisanale
Le secteur de la pêche, qui contribue à hauteur de 2 à 3 % au produit intérieur brut somalien, subit une onde de choc directe. Selon les données de la FAO, le coût de l'essence a plus que doublé, tandis que les prix des céréales et de l'eau ont connu des hausses respectives allant jusqu'à 40 % et 200 %. Pour les pêcheurs de Kismayo, cette inflation rend l'activité quasi insoutenable : le prix du plein de carburant est passé de 100 à 400 dollars. En conséquence, les sorties en mer sont drastiquement réduites, limitant les revenus des foyers qui dépendent de cette ressource pour 70 à 100 % de leurs besoins vitaux.
La rupture de la chaîne de valeur locale
La crise ne se limite pas aux pêcheurs ; elle désorganise l'ensemble du marché local. Les commerçantes, à l'instar de celles regroupées en coopératives, peinent à écouler leurs stocks face à une clientèle, composée majoritairement de personnes déplacées, dont le pouvoir d'achat s'est effondré. La hausse des prix de vente du poisson, devenue nécessaire pour couvrir les frais de carburant, rend ce produit inaccessible pour une population déjà fragilisée par l'augmentation généralisée du coût des denrées importées.
Un enjeu social et migratoire majeur
Le ministère de la Pêche du Jubaland alerte sur les conséquences sociales de cette paralysie économique. Le secteur emploie plus de 400 000 personnes, dont une large majorité de jeunes. Faute d'alternatives professionnelles, cette frange de la population est confrontée à une impasse : le désœuvrement, la précarité extrême ou l'exil. Les autorités locales observent une tendance croissante au départ vers l'étranger, notamment vers la Libye, pour ceux qui en ont les moyens financiers, tandis que les autres sombrent dans une survie précaire, marquée par la mendicité et des risques accrus de délinquance ou de dépendance.