Le Chief Justice Paul Baffoe-Bonnie a souligné, lors d’une conférence à Kumasi, l’unité de mission entre la Cour suprême et l’institution de la chefferie au Ghana. Selon lui, ces deux entités, bien que fondées sur des sources d’autorité distinctes, œuvrent pour un objectif commun : préserver la justice, garantir la paix et protéger la dignité de chaque individu.
Cette conférence, organisée sous le haut patronage de l’Otumfuo Osei Tutu II, Asantehene, s’inscrivait dans le cadre des activités commémorant le 150e anniversaire de la Cour suprême du Ghana. Le thème abordé, « La Cour suprême et l’institution de la chefferie : le passé, le présent et l’avenir », a permis de mettre en lumière les liens historiques et les valeurs partagées entre ces deux piliers de l’ordre juridique et social ghanéen.
Le Chief Justice a rappelé que la Cour suprême s’exprime à travers la Constitution, tandis que la chefferie s’appuie sur les coutumes. L’une tire son autorité de la République, l’autre des traditions ancestrales, mais toutes deux convergent vers un même idéal de justice. Il a comparé l’administration traditionnelle de la justice à la procédure judiciaire moderne, évoquant une époque où les litiges étaient résolus sous des arbres, avec une approche visant à rétablir l’harmonie plutôt qu’à désigner un vainqueur ou un vaincu.
Selon ses propos, bien que les méthodes de rendre la justice aient évolué, leur finalité est restée inchangée. Le Chief Justice a également évoqué l’héritage de la Cour suprême, soulignant que ses fondateurs avaient semé une graine destinée à croître en une institution durable, capable de servir les générations futures. Il a décrit cette institution comme un arbre dont l’ombre s’étend désormais sur l’ensemble de la République.
Il a insisté sur l’importance de reconnaître ceux qui ont bâti et entretenu la Cour, non pour leur perfection, mais pour leur compréhension du fait que les institutions durables doivent survivre à ceux qui les servent. Chaque génération, a-t-il ajouté, laisse sa marque sur les institutions qu’elle hérite, soit en les renforçant, soit en les affaiblissant. La génération actuelle porte ainsi la responsabilité de préserver ce qui est précieux, de réformer ce qui nécessite des changements et de transmettre une institution plus solide aux générations futures.
Le Chief Justice a noté que l’institution de la chefferie illustre cette capacité à préserver les traditions tout en s’adaptant aux évolutions. Sa force ne réside pas dans son ancienneté, mais dans sa capacité à porter le passé vers l’avenir sans que celui-ci n’envahisse le présent. Il a souligné que le défi de rester fidèle à ses valeurs tout en embrassant le progrès concerne autant le pouvoir judiciaire que les autorités traditionnelles.
Enfin, il a décrit cette conférence commémorative comme un dialogue continu entre deux des plus anciennes et respectées institutions du Ghana, chacune jouant un rôle distinct mais complémentaire dans la formation de la conscience nationale. Selon lui, l’une s’exprime à travers les bancs judiciaires, l’autre à travers les institutions coutumières, mais toutes deux répondent à une exigence humaine fondamentale : que la justice soit plus forte que le pouvoir et que l’autorité se soumette au principe.