L'administration américaine s'apprête à franchir une étape décisive dans son bras de fer avec la Cour pénale internationale (CPI). Un projet de décret, en préparation, viserait à couper l'institution de l'accès au système financier mondial, menaçant ainsi son fonctionnement opérationnel et sa capacité à traiter ses transactions en dollars.
Une rupture avec la stratégie ciblée
Jusqu'à présent, les mesures de rétorsion américaines se limitaient à des sanctions individuelles, incluant le gel des avoirs et des interdictions de visa pour des magistrats et responsables de la Cour, tels que la présidente Tomoko Akane ou le juge Nicolas Guillou. Ce nouveau dispositif marque un changement de paradigme : il ne cible plus des fonctionnaires isolés, mais l'organisation dans sa globalité. Une telle mesure paralyserait des fonctions essentielles, allant du versement des salaires à l'achat de services informatiques ou à la souscription d'assurances nécessaires aux activités de la juridiction.
Un contentieux historique entre Washington et La Haye
Cette escalade s'inscrit dans une confrontation de longue date. Les tensions avaient été exacerbées dès 2020, lors du premier mandat de Donald Trump, en réaction à l'ouverture d'enquêtes sur des crimes de guerre présumés impliquant des soldats américains en Afghanistan. Bien que l'administration Biden ait temporairement apaisé ces relations, la dynamique s'est brutalement inversée en 2025, après que la Cour a émis des mandats d'arrêt visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.
L'institution face à une érosion de ses soutiens
La pression financière américaine intervient dans un contexte de fragilisation politique pour la CPI. L'institution fait face à une série de défections de ses membres, illustrée par le retrait formel de la Hongrie en novembre 2025. Ce mouvement rejoint celui amorcé par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont également engagé une procédure de sortie, invoquant une perte de confiance envers la juridiction. Ce désengagement croissant, touchant à la fois des pays africains et européens, affaiblit la légitimité politique de la Cour au moment précis où elle doit affronter une menace existentielle sur ses capacités de financement.