La Cour pénale internationale (CPI) a officiellement rejeté une requête anonyme demandant l'ouverture d'une enquête sur des enlèvements systématiques au Nigeria, qualifiés de crimes contre l'humanité. Si le gouvernement nigérian salue cette décision, il exprime de vives réserves sur le processus administratif ayant permis à cette plainte non vérifiée d'être transmise à une chambre préliminaire.
Une contestation sur la forme et la procédure
Le ministre de la Justice et procureur général de la Fédération, Lateef Fagbemi, a dénoncé une « entorse aux procédures » établies par le Statut de Rome. Selon les autorités nigérianes, l'assignation de cette plainte anonyme à la Chambre préliminaire II, le 26 août dernier, constitue une initiative inappropriée de la part de la présidence de la division préliminaire. Le gouvernement nigérian a annoncé son intention de formuler des représentations officielles auprès de la Cour, estimant que l'examen de requêtes non vérifiées pourrait fragiliser la confiance entre les États parties et l'institution internationale.
Le principe de complémentarité au cœur du débat
Abuja rappelle que, selon le principe de complémentarité, la responsabilité première d'enquêter et de poursuivre les crimes commis sur son territoire incombe aux institutions nationales. Le ministre a souligné que l'autorité pour évaluer des informations et solliciter une enquête appartient exclusivement au procureur de la CPI, ou nécessite une saisine formelle par un État partie ou le Conseil de sécurité des Nations Unies. Le Nigeria réaffirme ainsi sa compétence exclusive pour gérer les défis sécuritaires internes, notamment la crise des enlèvements qui touche plusieurs régions du pays.
Un contexte sécuritaire sous tension
Cette affaire survient dans un climat marqué par une recrudescence des rapts. Selon des données récentes, plus de 7 800 personnes auraient été enlevées entre juillet 2025 et juin 2026, avec des rançons estimées à près de 7,78 milliards de nairas. Malgré ces chiffres alarmants, le gouvernement insiste sur le fait qu'aucune enquête officielle n'a été ouverte par la CPI contre l'État nigérian. Les autorités assurent que cette décision de rejet confirme l'absence de conclusions défavorables à l'encontre des institutions nationales, tout en appelant la Cour à une rigueur accrue pour préserver sa crédibilité et ses relations avec les États souverains.