La Cour pénale internationale (CPI) a rendu un verdict historique en déclarant Mahamat Said Abdel Kani coupable de crimes contre l'humanité. Cet ancien commandant de la coalition Seleka est reconnu responsable de la mise en place d'un système de torture au sein d'un centre de détention à Bangui durant la guerre civile de 2013.
Un système de détention brutal
Les juges de La Haye ont détaillé les méthodes inhumaines supervisées par Mahamat Said au sein de l'Office central de répression du banditisme. Les témoignages et les preuves présentés ont mis en lumière des actes de torture systématiques, incluant le waterboarding, les flagellations et la technique dite de l'« Arbatacher », consistant à ligoter les membres des détenus dans le dos. Les conditions de détention étaient décrites comme insalubres, les prisonniers étant maintenus dans des cellules souterraines dépourvues d'installations sanitaires de base.
La responsabilité d'un haut gradé de la Seleka
Âgé de 56 ans, Mahamat Said occupait une position de commandement au sein de la coalition Seleka, responsable du renversement du président François Bozizé en 2013. Si le tribunal a prononcé une condamnation pour crimes contre l'humanité, il a toutefois acquitté l'accusé de trois chefs d'accusation pour crimes de guerre, estimant que le conflit armé avait pris fin au moment où certains des faits reprochés auraient été commis. Le condamné, qui a nié l'ensemble des charges, connaîtra la durée de sa peine lors d'une audience ultérieure.
Une étape dans la justice transitionnelle centrafricaine
Cette décision marque une première judiciaire : Mahamat Said est le premier membre de la coalition Seleka à être condamné par la CPI. L'institution, qui enquête sur les violences en République centrafricaine depuis 2014, avait déjà condamné deux chefs de la milice adverse, les « anti-Balaka », Patrice-Edouard Ngaissona et Alfred Yekatom. Ce verdict s'inscrit dans un processus de justice internationale visant à établir les responsabilités des différents acteurs impliqués dans le cycle de violences qui a déchiré le pays, alors que la République centrafricaine tente de maintenir la stabilité depuis l'accord de paix de 2019.