Pour pallier sa forte dépendance aux importations de produits carnés et halieutiques, la Côte d'Ivoire accélère sa restructuration agricole. Face aux risques de chantage sur les corridors d'approvisionnement en provenance des pays de l'Alliance des États du Sahel (AES), Abidjan mise sur la montée en puissance de sa production locale.
La vulnérabilité face aux ruptures d'approvisionnement
La dépendance ivoirienne aux importations, qui représentent un coût annuel de 782 milliards Fcfa, constitue un levier de pression politique majeur. En mai 2026, la suspension des exportations de bétail par le Burkina Faso a illustré cette fragilité, provoquant une hausse des prix de 10 % à Yamoussoukro. Avec une couverture locale limitée à 25 % des besoins pour la Tabaski, le pays subit directement les tensions géopolitiques régionales, rendant la sécurisation des flux logistiques indispensable à la stabilité des prix intérieurs.
Le pivot mauritanien pour la sécurité alimentaire
Pour diversifier ses sources, Abidjan a renforcé son partenariat avec la Mauritanie, acteur clé du cheptel ouest-africain. Lors de la visite du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en août 2026, les discussions ont porté sur la consolidation des échanges transfrontaliers. Cette alliance stratégique reste toutefois exposée aux instabilités sécuritaires, comme en témoignent les récentes interpellations de commerçants mauritaniens par l'armée malienne, soulignant que la sécurité alimentaire est indissociable de la libre circulation sur les axes régionaux.
Le plan Ponadepa : un investissement de 2 875 milliards Fcfa
Le gouvernement ivoirien a lancé la Politique nationale de développement de l'élevage, de la pêche et de l'aquaculture (Ponadepa 2026-2030) pour transformer structurellement le secteur. Ce programme ambitieux, doté de 2 875 milliards Fcfa, s'appuie sur la création de zones de développement (Zodecab) et des partenariats techniques, notamment avec l'État de l'Iowa. L'objectif est de professionnaliser la filière via l'identification digitale du cheptel et la structuration d'interprofessions.
Des objectifs de production à l'horizon 2030
La stratégie ivoirienne vise une montée en charge rapide des capacités nationales pour réduire drastiquement le recours aux marchés extérieurs. En misant sur la modernisation génétique et le développement de l'aquaculture, le pays ambitionne de porter sa couverture halieutique de 12 % à 70 % et d'atteindre 75 % d'autosuffisance en viande d'ici 2030. Cette transformation vise à transformer les 11 millions d'hectares de parcours disponibles en un socle de souveraineté protéique durable.