Face à la fragmentation des outils numériques de l'État, la Côte d'Ivoire engage une restructuration profonde de sa gouvernance technologique. L'objectif est de passer d'une multitude de plateformes isolées à un écosystème unifié, capable de simplifier l'accès aux services pour les citoyens tout en optimisant les investissements publics.
Priorisation et déploiement de services à fort impact
À l'issue d'un atelier national de priorisation, les autorités ont identifié 59 services publics essentiels parmi les 620 recensés. Cette sélection vise à concentrer les efforts sur des besoins concrets et immédiats. Dix projets, qualifiés de « quick wins », doivent être opérationnels d'ici fin 2026, incluant notamment l'authentification des diplômes, la preuve de vie numérique pour les retraités et la mise en place d'un dossier patient informatisé. Cette étape marque une volonté de produire des résultats tangibles pour les usagers dans un délai court.
Une architecture technique unifiée
Pour garantir la fluidité de ces services, le gouvernement mise sur cinq infrastructures socles : l'identité numérique, l'échange de données, une passerelle de paiement unique, les services de confiance et les registres de référence. La Société nationale de développement informatique (SNDI) insiste sur la nécessité de cette interopérabilité pour pallier la dispersion actuelle des outils. À terme, le portail unique doit devenir le point d'entrée exclusif pour les citoyens, réduisant ainsi les silos administratifs.
Renforcement de la gouvernance et pilotage politique
Le ministre de la Transition numérique, Djibril Ouattara, a placé la gouvernance au cœur de cette transformation. La relance du Conseil national du numérique (CN Digit), sous l'égide du Premier ministre, doit assurer le pilotage stratégique et le suivi des projets. Un cadre réglementaire, incluant des décrets sur la fonction de directeur des systèmes d'information au sein des ministères, est en cours d'élaboration pour harmoniser les pratiques. Cette structure vise à aligner les investissements sur les besoins réels des administrations.
Vers une administration dématérialisée à l'horizon 2030
L'ambition ivoirienne s'inscrit dans une trajectoire de long terme : coordonner 700 services numériques d'ici trois ans et atteindre le « zéro papier » en 2030. Pour financer cette transition, le gouvernement prévoit de finaliser un accord avec la Banque mondiale et d'organiser une table ronde de mobilisation de fonds en décembre 2026. Parallèlement, l'implication des talents locaux via des programmes comme le GovTechLab est encouragée pour stimuler l'écosystème technologique national et soutenir cette transformation structurelle.