La 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) s'est ouverte à Dakar, marquant un moment de réflexion sur l'état des libertés publiques à l'occasion des 45 ans de la Charte africaine. Si le président de la Commission, le Dr Idrissa Sow, a salué des avancées législatives notables, il a insisté sur l'impératif de traduire ces engagements juridiques en réalités quotidiennes pour les citoyens africains.
Des avancées institutionnelles encourageantes
Le bilan de l'intersession met en lumière des initiatives nationales visant à renforcer l'État de droit. Au Sénégal, l'instauration d'un dialogue annuel entre le ministère de la Justice et la société civile, couplée à la création d'un Comité national de politique pénale, a été soulignée comme une progression positive. Sur le plan continental, la ratification par la Gambie et le Ghana de la Convention de l'Union africaine sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes et des filles témoigne d'une dynamique législative active. Par ailleurs, des mesures de grâce présidentielle au Bénin, en Mauritanie, en Côte d'Ivoire et au Tchad, ainsi que la tenue de processus électoraux jugés crédibles au Cabo Verde, en Zambie et à São Tomé-et-Príncipe, sont perçues comme des signaux d'apaisement politique.
L'urgence des crises sécuritaires et humanitaires
Malgré ces signaux, le Dr Idrissa Sow a dressé un constat alarmant sur la persistance des conflits armés, notamment au Soudan, au Sahel, en Somalie, en Centrafrique et dans l'est de la République démocratique du Congo. La situation au Soudan demeure particulièrement critique, avec plus de 8,6 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays et 4 millions de réfugiés à l'étranger. La Commission a également exprimé sa vive préoccupation face à la reprise des hostilités en Éthiopie, qui fragilise l'accord de paix de Pretoria. Dans ce contexte, la lutte contre le terrorisme, bien que nécessaire, ne doit en aucun cas justifier des dérogations aux droits fondamentaux.
Défis démocratiques et enjeux de société
La session a également permis d'aborder les entraves croissantes à l'espace civique. Le président de la CADHP a dénoncé les restrictions imposées aux partis d'opposition et la limitation des activités de la société civile, illustrée par la suspension de 245 organisations au Burkina Faso. Au-delà des enjeux politiques, la Commission a placé le droit à un environnement sain et l'accès à l'eau au rang des priorités. Enfin, face à la tragédie migratoire en Méditerranée et dans le désert, le Dr Sow a plaidé pour une approche dépassant le simple contrôle des frontières, appelant à une redevabilité accrue des États pour garantir aux victimes l'accès à la vérité, à la justice et à la réparation.