Le Conseil de la concurrence marocain a validé une opération historique : la CIMR, fonds de retraite national, et le groupe émirati Ayrad Group deviennent copropriétaires de la Compagnie Minière de Touissit (CMT), l’un des piliers du secteur minier national. Cette alliance stratégique, qui marque un tournant dans la gouvernance des entreprises cotées, s’inscrit dans une logique d’investissement institutionnel actif et de stabilisation du capital.
Une restructuration capitalistique sous validation réglementaire
Le 13 juillet 2026, la commission permanente du Conseil de la concurrence, présidée par Ahmed Rahhou, a autorisé la prise de contrôle conjoint de la CMT par la CIMR et Ayrad Group Limited. Cette décision, issue d’un processus entamé dès mai 2026 avec la publication d’un avis public, consacre un partage du capital inédit dans le secteur minier marocain. Ayrad Group, déjà actionnaire majoritaire avec 37,04 % du capital, conserve cette part, tandis que la CIMR porte sa participation de 14,41 % à 16,12 %, renforçant ainsi son rôle d’investisseur stratégique.
Cette restructuration s’appuie sur un contexte préalable marqué par l’acquisition par Ayrad Group, en mars 2026, des parts du fonds OSEAD Fund dans la CMT, pour un montant de 130 millions de dollars. Cette opération avait permis au groupe émirati de prendre indirectement le contrôle de la société, tout en clôturant des contentieux judiciaires persistants. La nouvelle architecture capitalistique ouvre désormais la voie à une offre publique d’achat (OPA) obligatoire sur les actions restantes, sous réserve de l’approbation de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC).
La CIMR, acteur clé d’une gouvernance minière réinventée
Pour un fonds de retraite comme la CIMR, cette prise de participation ne se limite pas à un placement financier. Elle répond à une stratégie d’investissement institutionnel actif, visant à aligner ses placements sur ses engagements de long terme envers ses affiliés. Le secteur minier, avec ses flux de trésorerie stables et sa capacité à distribuer des dividendes réguliers, offre une visibilité adaptée aux obligations de long terme des régimes de retraite.
L’opération s’accompagne également d’une logique de protection contre l’inflation. Les métaux exploités par la CMT – plomb, zinc et argent – voient leur valorisation évoluer en fonction des cycles économiques mondiaux, offrant ainsi une couverture partielle contre la dépréciation monétaire. Mais c’est surtout la dimension gouvernance qui retient l’attention : en devenant copropriétaire exerçant un contrôle conjoint, la CIMR pourra peser directement sur les décisions stratégiques de l’entreprise, renforçant la transparence et la gestion rationnelle des ressources.
Un signal de confiance pour les marchés et l’économie nationale
L’association entre un investisseur industriel comme Ayrad Group et un fonds de retraite institutionnel de premier plan envoie un message fort aux marchés. Cette alliance réduit les risques opérationnels perçus, limite les mouvements spéculatifs sur le titre de la CMT et pourrait attirer davantage d’investisseurs institutionnels. Pour le Maroc, cette opération s’inscrit dans une dynamique plus large de développement des activités extractives, alignée sur les ambitions de souveraineté économique et de transformation industrielle du pays.
En devenant un acteur central de la gouvernance de la CMT, la CIMR ne se contente pas de diversifier son portefeuille : elle participe activement à la structuration d’un secteur stratégique, tout en mobilisant l’épargne nationale au service de l’économie réelle. Une évolution qui pourrait inspirer d’autres fonds de retraite et investisseurs institutionnels sur le continent.