Lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Bichkek, la Chine a marqué une nouvelle étape dans son expansion stratégique en Asie centrale, consolidant son rôle de leader au sein de ce bloc régional. Cette réunion, qui a réuni les dirigeants des pays membres, a révélé une volonté commune de renforcer la coopération sécuritaire et économique, tout en marginalisant l’influence occidentale dans une zone historiquement sous tension.
Une alliance sécuritaire et économique sous leadership chinois
L’OCS, créée en 2001, regroupe la Chine, la Russie, quatre pays d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan) ainsi que l’Inde et le Pakistan. Lors du sommet de Bichkek, Pékin a réaffirmé son ambition de faire de cette organisation un pilier de stabilité régionale, notamment face aux défis posés par les mouvements islamistes et les tensions frontalières. Les discussions ont porté sur des projets d’infrastructures transfrontalières, des accords énergétiques et des mécanismes de lutte contre le terrorisme, où la Chine propose des financements et une expertise technique.
Cette dynamique s’inscrit dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie, dont l’Asie centrale constitue un maillon clé. Les investissements chinois dans les corridors routiers, ferroviaires et énergétiques visent à sécuriser des routes commerciales vitales pour Pékin, tout en réduisant la dépendance des pays de la région envers Moscou ou l’Occident.
La Russie en retrait, l’Inde et le Pakistan en position de suiveurs
Si la Russie reste un acteur historique de l’OCS, son influence semble s’effriter au profit de Pékin. Moscou, confronté à ses propres défis économiques et à la guerre en Ukraine, peine à rivaliser avec les ressources financières et les propositions chinoises. Pour les pays d’Asie centrale, souvent pris en étau entre les deux puissances, l’attrait des investissements chinois est devenu difficile à ignorer.
L’Inde et le Pakistan, membres depuis 2017, adoptent une posture plus prudente. New Delhi cherche à équilibrer ses relations avec Pékin, tandis qu’Islamabad, allié traditionnel de la Chine, voit dans l’OCS un levier pour renforcer sa position face à l’Inde. Cependant, leur marge de manœuvre reste limitée face à la domination économique chinoise dans la région.
Quelles conséquences pour l’Afrique ?
L’influence croissante de la Chine en Asie centrale pourrait avoir des répercussions indirectes sur le continent africain. Pékin, déjà premier partenaire commercial de l’Afrique, pourrait réorienter une partie de ses ressources vers l’Asie centrale, réduisant ainsi les flux d’investissements vers l’Afrique. Par ailleurs, la stratégie chinoise de sécurisation des corridors commerciaux pourrait inspirer des modèles similaires en Afrique, où la Chine est également très active dans les infrastructures.
Pour les pays africains, cette évolution souligne l’importance de diversifier leurs partenariats économiques et de négocier des accords équilibrés avec Pékin, afin d’éviter une dépendance excessive. La réunion de Bichkek rappelle que l’Afrique doit rester attentive aux dynamiques géopolitiques mondiales, qui influencent directement ses propres enjeux de développement.