La visite du président chinois Xi Jinping en Égypte, la première en une décennie, marque une accélération significative du partenariat entre Pékin et Le Caire. Au-delà des nouveaux accords industriels dans la zone du canal de Suez, cette rencontre souligne la volonté des deux nations d'affirmer leur autonomie stratégique dans un contexte de tensions internationales accrues, notamment face aux pressions exercées par Washington sur les partenaires commerciaux de l'Iran.
Expansion industrielle et investissements chinois
Le cœur de la coopération économique repose sur le développement de la zone industrielle égypto-chinoise, dont la troisième phase vient d'être actée. Ce pôle, qui compte déjà 200 entreprises, représente un investissement cumulé d'environ quatre milliards de dollars. Pékin confirme ainsi son rôle de bailleur de fonds majeur pour les projets d'infrastructure égyptiens, à l'instar du quartier des finances de la nouvelle capitale administrative, Wedian. Cette dynamique s'inscrit dans une balance commerciale largement favorable à la Chine, qui a enregistré un excédent de 12 milliards de dollars sur les sept premiers mois de 2026.
Coopération militaire et exercices conjoints
Le rapprochement ne se limite pas à l'économie ; il s'étend au domaine sécuritaire. L'Égypte, qui figure parmi les principaux importateurs d'armes à l'échelle mondiale, a intensifié ses échanges avec l'armée chinoise. En août dernier, les deux pays ont mené des exercices de combat aérien impliquant des chasseurs J-16, illustrant une interopérabilité croissante. Cette collaboration militaire intervient alors que l'Égypte cherche à diversifier ses alliances, tout en restant un bénéficiaire historique de l'aide militaire américaine.
Un positionnement stratégique face aux tensions mondiales
La visite de Xi Jinping intervient à un moment charnière où les États-Unis multiplient les avertissements contre les pays entretenant des liens financiers avec l'Iran. Pékin, allié stratégique de Téhéran, cherche à consolider ses appuis régionaux avant une rencontre prévue avec Donald Trump. De son côté, le président Abdel Fattah al-Sissi utilise ce rapprochement pour démontrer la capacité de l'Égypte à mener une politique étrangère indépendante. En se positionnant comme des acteurs clés du « Sud global », Le Caire et Pékin entendent peser dans un monde de plus en plus polarisé, tout en appelant à des solutions diplomatiques pour stabiliser le commerce maritime mondial menacé par les hostilités actuelles.