La Chine a officiellement instauré de nouvelles règles encadrant les déplacements de ses citoyens à l'étranger, renforçant ainsi les prérogatives de l'État en matière de contrôle des frontières. Officiellement justifiées par la protection de la souveraineté nationale, ces mesures suscitent de vives inquiétudes quant à leur usage comme outil de surveillance et de répression des activités menées hors des frontières.
Un arsenal juridique élargi pour les autorités
Les nouvelles dispositions permettent désormais aux autorités chinoises d'interdire la sortie du territoire à tout citoyen soupçonné d'avoir « nui » aux intérêts ou à la sécurité nationale lors de séjours à l'étranger. Cette interdiction peut s'étendre jusqu'à trois ans après le retour au pays. Par ailleurs, les individus contrevenant aux réglementations sur l'importation et l'exportation de technologies, jugées critiques pour la sécurité industrielle, sont également visés par ces restrictions de mouvement.
L'opacité des interdictions de sortie
Malgré les déclarations de la plateforme gouvernementale Piyao, affirmant que ces mesures ciblent uniquement les destinations à haut risque et les comportements suspects, la réalité vécue par de nombreux citoyens semble différente. Il n'existe actuellement aucun mécanisme permettant aux ressortissants de vérifier s'ils font l'objet d'une interdiction de sortie. Les citoyens découvrent souvent cette mesure arbitraire au moment de demander un passeport ou lors d'un contrôle aux frontières, sans qu'une notification écrite ne leur soit systématiquement remise, en dépit des exigences légales en vigueur.
Une tendance au durcissement sécuritaire
Les données révèlent une accélération marquée de ces pratiques : le nombre de verdicts civils mentionnant des interdictions de sortie a été multiplié par plus de trente entre 2019 et 2025. Cette dynamique touche des profils variés, allant des fonctionnaires et employés d'entreprises d'État, souvent contraints de remettre leurs passeports à leur hiérarchie, à des citoyens ordinaires dont les activités passées, comme la participation à des manifestations, semblent motiver des refus administratifs tacites. Pour les observateurs, cette reprise en main de la mobilité individuelle marque un tournant idéologique significatif, rappelant des périodes de fermeture plus strictes de la Chine sur le monde.