La Chine a officiellement ravi à la France sa place de deuxième parc nucléaire mondial en termes de puissance installée, portée par un rythme de construction industriel sans précédent. Si ce basculement marque une étape symbolique forte, il masque des réalités structurelles divergentes entre les deux nations en matière de dépendance énergétique et de stratégie de mix électrique.
Une accélération industrielle chinoise sans équivalent
Avec la mise en service du réacteur Changjiang 3 début août 2026, la Chine totalise désormais 62 réacteurs pour une puissance nette de près de 64 gigawatts, devançant les 57 réacteurs français. Cette progression n'est que la partie émergée d'une stratégie nationale ambitieuse : le pays compte actuellement 37 réacteurs en chantier et vise une capacité de 110 gigawatts d'ici 2030. En une décennie, Pékin a déployé davantage de puissance nucléaire que le reste du monde cumulé, rappelant l'intensité du programme électronucléaire français des années 1970.
La singularité française face au défi du calendrier
Malgré ce recul au classement mondial, la France conserve une spécificité majeure : la part du nucléaire dans son mix électrique. En 2025, l'atome représentait encore 68,1 % de la production d'électricité française, contre seulement 5 % en Chine, où le charbon demeure la source dominante. Toutefois, la France fait face à un défi de renouvellement de son parc. Le lancement du programme de six réacteurs EPR2, dont la mise en service est désormais projetée pour 2038, place l'Hexagone dans une position d'attente face à une Chine qui multiplie les raccordements au réseau tous les deux mois.
Une stratégie énergétique chinoise tous azimuts
Réduire la trajectoire chinoise au seul nucléaire serait incomplet. Pékin déploie une stratégie de « tout-énergie » où le nucléaire cohabite avec des records mondiaux dans le solaire et l'éolien, dont la puissance combinée a dépassé celle du thermique début 2025. Cette expansion massive des énergies décarbonées ne signifie pas pour autant l'abandon des énergies fossiles : la Chine reste le premier constructeur mondial de centrales à charbon, avec 94,5 gigawatts de nouveaux projets lancés en 2024. Cette approche, qui consiste à empiler toutes les sources de production, permet à la Chine de sécuriser sa croissance économique tout en devenant la locomotive mondiale de la filière nucléaire et renouvelable.