La Chine poursuit sa stratégie de réduction de sa dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis en remplaçant progressivement les systèmes d'exploitation étrangers dans ses administrations. Cette transition, motivée par des impératifs de sécurité des données, redessine le paysage numérique du pays tout en interrogeant la place des géants occidentaux du logiciel sur le marché chinois.
Une stratégie d'indépendance numérique affirmée
Depuis plusieurs années, Pékin multiplie les mesures pour évincer les technologies étrangères des secteurs stratégiques. Après l'interdiction de Windows 8 dans les marchés publics en 2014, une directive de 2022 a imposé aux agences centrales et aux entreprises publiques de remplacer leurs équipements informatiques étrangers par du matériel et des logiciels locaux sous deux ans. Cette volonté d'autonomie s'est traduite par le développement de versions spécifiques, comme Windows 10 China Government Edition, intégrant des algorithmes de chiffrement nationaux et un contrôle accru des autorités chinoises sur les mises à jour.
L'émergence d'alternatives locales
Pour pallier le retrait des solutions Microsoft, le gouvernement chinois mise sur des alternatives développées par des entreprises nationales. Les systèmes d'exploitation Kylin V10 et UOS, conçus respectivement par Kylin Software et Tongxin Technology, sont au cœur de cette transition. Parallèlement, HarmonyOS de Huawei, déjà déployé sur certains ordinateurs portables équipés de puces maison, s'impose comme un acteur majeur soutenu par l'État. Ces mouvements boursiers témoignent de la confiance des investisseurs dans la capacité de ces entreprises locales à capter les parts de marché laissées vacantes par les logiciels étasuniens.
Un impact limité pour Microsoft
Si la pression sur les administrations est réelle, la position de Microsoft reste prédominante auprès du grand public chinois. En juillet 2026, Windows représentait encore près de 87,65 % du trafic web sur PC dans le pays. Pour la firme de Redmond, l'impact financier de ces restrictions administratives demeure modéré, le marché chinois ne représentant qu'environ 1,5 % de son chiffre d'affaires mondial. Microsoft, qui affirme ne pas avoir été informé d'incidents de sécurité spécifiques justifiant ces mesures, continue de commercialiser des versions grand public de son système d'exploitation en Chine.
Une tendance globale vers la souveraineté
La démarche chinoise s'inscrit dans un mouvement plus large de recherche de souveraineté numérique. À l'instar de Pékin, d'autres nations explorent des alternatives pour réduire leur dépendance aux infrastructures logicielles étrangères. En France, par exemple, une directive de 2026 impose aux ministères de définir une feuille de route pour migrer une partie de leur parc informatique, composé de plus de 2,5 millions de postes, vers des solutions basées sur Linux et des outils souverains.