La cheffe de la justice nigériane, Kudirat Kekere-Ekun, a souligné l'impératif de restructurer la transmission des savoirs au sein de la magistrature. Elle appelle les juges seniors à instaurer un mentorat bienveillant pour accompagner leurs cadets, garantissant ainsi la pérennité de l'institution et la qualité des décisions rendues.
Un transfert de savoirs au-delà des manuels
Lors de la conférence annuelle de la Commonwealth Magistrates and Judges Association à Kingston, la juge en chef a insisté sur le rôle crucial des magistrats expérimentés. Selon elle, ces derniers détiennent une connaissance institutionnelle tacite, impossible à puiser dans les ouvrages de droit. Ce mentorat ne doit pas être une simple formalité, mais un accompagnement actif visant à renforcer la confiance des jeunes juges dans l'exercice de leurs fonctions complexes.
Préserver l'indépendance face à la hiérarchie
Au cœur de cette réflexion se trouve la nécessité de protéger l'indépendance intellectuelle au sein des tribunaux. La cheffe de la justice a fermement rappelé que la hiérarchie ne doit jamais se substituer à la persuasion. Elle encourage les magistrats débutants à poser des questions sans crainte d'être jugés, et à exprimer des opinions divergentes, même face à leurs aînés. Pour elle, la qualité du raisonnement juridique dépend directement de la capacité des juges à confronter différents points de vue sans subir de pressions administratives ou personnelles.
Responsabilité et éthique professionnelle
Si la transmission est une priorité, elle s'accompagne d'une exigence de rigueur. La cheffe de la justice a rappelé que l'indépendance ne dispense pas de la responsabilité. Chaque magistrat, quel que soit son niveau d'ancienneté, demeure comptable de sa productivité, de sa conduite et de son respect strict des standards professionnels. En favorisant un climat de travail où le désaccord est perçu comme un moteur de la réflexion juridique plutôt que comme une insubordination, le système judiciaire nigérian cherche à prévenir les risques de harcèlement et à garantir une administration de la justice plus sereine et efficace.