La CENA sous perfusion présidentielle : quand l’indépendance électorale se heurte à la hausse des fonds de la Présidence

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 57 lectures
La CENA sous perfusion présidentielle : quand l’indépendance électorale se heurte à la hausse des fonds de la Présidence

Le projet de loi de finances 2026 du Sénégal révèle une enveloppe record de 204,5 milliards de francs CFA pour la Présidence, soit une hausse de 160 % par rapport à 2025. Une partie de cette somme intègre désormais le budget de la Commission électorale nationale autonome (CENA), institution clé pour les prochaines échéances électorales.

Une hausse budgétaire liée à l’élargissement du périmètre présidentiel

Le ministre des Finances, Cheikh Diba, attribue cette augmentation spectaculaire à l’intégration de plusieurs structures au sein de la Présidence, dont la CENA. Sans ce rattachement, les crédits propres du palais présidentiel auraient même diminué, passant à environ 64,7 milliards de francs CFA. Cette réorganisation administrative interroge sur la gestion des fonds publics, d’autant que les crédits de la CENA étaient auparavant inscrits de manière autonome dans le budget général.

L’autonomie de la CENA remise en cause par son rattachement à l’Exécutif

Créée en 2005 pour garantir la transparence des scrutins, la CENA bénéficie théoriquement d’une autonomie financière et juridique. Son président est même ordonnateur de crédits, une disposition légale conçue pour limiter les interférences politiques. Pourtant, son intégration dans le budget de la Présidence soulève des craintes : « Une institution chargée de veiller à la régularité des élections doit bénéficier de garanties fortes d’indépendance. Même un simple rattachement administratif peut créer une perception de dépendance », souligne Babacar Ba, président du Forum du justiciable.

Un contexte électoral tendu et des enjeux de crédibilité

Cette évolution intervient alors que le Sénégal s’apprête à organiser des élections déterminantes, opposant notamment Ousmane Sonko à Bassirou Diomaye Faye. La transparence des institutions électorales devient un sujet central, d’autant que la CENA est au cœur des débats sur la confiance des citoyens dans le processus démocratique. Les observateurs s’interrogent : comment concilier rattachement administratif et indépendance réelle de l’institution ?

Une transparence budgétaire à renforcer

Les experts appellent à une clarification des modalités de financement de la CENA. « Il faut que les crédits alloués soient clairement identifiables et distincts de ceux de la Présidence », insiste Babacar Ba. Sans cette visibilité, le risque est de nourrir les suspicions sur l’impartialité de l’arbitre électoral, alors que le pays s’engage dans une séquence politique cruciale.

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