La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) réaffirme son ambition de lancer l'eco à l'horizon 2027. Toutefois, la concrétisation de ce projet monétaire reste suspendue à des arbitrages politiques et techniques cruciaux qui demeurent, à ce jour, en suspens.
Des critères de convergence stricts
La viabilité de la future monnaie repose sur le respect de critères macroéconomiques rigoureux par les États membres. Pour intégrer la zone monétaire, les pays doivent maintenir un déficit public inférieur à 3 % du PIB, une inflation plafonnée à 10 % et une dette publique ne dépassant pas 70 % du PIB. La pérennité de ces indicateurs dans le temps constitue une condition sine qua non, suggérant que le lancement pourrait se faire par une approche graduelle, en commençant par les pays volontaires ayant atteint ces objectifs.
Le dilemme du régime de change
Au-delà des indicateurs financiers, la nature même de la politique monétaire divise les États membres. Une fracture persiste entre les pays de la zone franc CFA, attachés à un régime de change fixe garantissant une faible inflation, et des puissances économiques comme le Nigeria et le Ghana, qui plaident pour une plus grande flexibilité monétaire. Ce désaccord fondamental sur la gestion de la future monnaie n'a pas encore été tranché par les chefs d'État, rendant l'échéance de 2027 incertaine sur le plan opérationnel.
Défis logistiques et recomposition régionale
Le chantier technique est vaste : le design des futures pièces et billets, le choix du siège de la banque centrale et le cadre institutionnel restent à définir. À ces complexités s'ajoute une nouvelle donne géopolitique avec le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO. La sortie de ces pays de l'Alliance des États du Sahel impose une clarification sur leurs futures relations avec l'Union économique et monétaire ouest-africaine, notamment si cette dernière bascule vers l'eco. Face à ces enjeux, le Conseil de convergence a récemment enjoint la Commission régionale d'accélérer les travaux du groupe présidentiel dédié pour tenter de débloquer ces points de friction.